Interview de David Feder de la boutique [RE]SOURCE

For The Discerning Few a le plaisir de vous présenter une interview de David Feder : propriétaire de la boutique [RE]SOURCE, située 7 Rue de Turenne dans le 4ème arrondissement de Paris, spécialisée dans le vêtement Vintage mais aussi dans le mobilier des années 40 aux années 70.

For The Discerning Few : Peux-tu nous parler de ton parcours personnel ?

David Feder : À la base je suis artiste et je m’intéresse au graphisme. Au début des années 90, je faisais du packaging sur Apple. Par le biais de mon père qui avait un gros bureau de style, j’avais accès à tous les magazines japonais et je suis devenu fou de ce que je pouvais y voir. Puis quand j’ai eu une vingtaine d’années, je suis parti à Los Angeles en 1995. C’est là que j’ai commencé à être véritablement attiré par les fripes.

L.A est la ville du Jean. J’y ai fait la rencontre de Christian Audigier, qui est devenu ce qu’on connait aujourd’hui, mais qui était un mec extraordinaire, avec une culture de fou sur tout ce qui touchait au jean ou à la confection. Je suis devenu son assistant et c’est là que j’ai commencé à faire des collections de jeans.

De retour à Paris, j’ai commencé à monter une ou deux lignes, je me suis fait repérer par Pepe Jeans ; j’ai bossé pour eux à Amsterdam. Je suis ensuite parti au Japon pour bosser sur d’autres marques, avant de retourner à L.A. Donc ces dernières années, je me suis vraiment concentré sur mon rôle de designer freelance, à faire des collections de jean, et bien sûr à toucher aux cuirs et à d’autres produits.

À mon retour de Los Angeles il y a 4 ans, j’ai voulu lancer une ligne avec un ami. On a monté une petite structure qui s’appelle Chapter 2 ; on a commencé à faire des produits homme/femme, en mailles, un peu de cuir aussi. Nous étions distribués dans une quinzaine de points de vente partout dans le monde, mais avec des quantités homéopathiques. Pas de quoi en vivre. On a donc mis le projet en stand by.

FTDF : Tu as alors ouvert ta boutique [RE]SOURCE?

David Feder : Après m’être posé quelques questions, j’ai effectivement décidé d’ouvrir ma boutique où j’ai voulu mettre en avant mon univers en prenant la fripe que je connais bien et en essayant de vendre des produits de qualité à des gens qui ont du goût et qui fonctionnent au coup de cœur.

L’avantage d’une petite boutique, c’est qu’on peut prendre le temps de discuter avec le client, de lui expliquer le produit (culture, matière, fabrication).

Je l’ai appelée [RE]Source pour ce côté « retour aux sources », qui sont pour moi l’époque du baby boom, avec les années 50-60.

J’ai aussi décidé d’intégrer au sein de mon univers vestimentaire, des meubles et des éléments de déco afin de créer un univers aussi complet que possible. Tout est à vendre ici donc la déco de la boutique est amenée à changer en permanence.

Je travaille aussi beaucoup le rapport « client » ; récemment, un client a eu un coup de cœur pour un Barbour qu’il voudrait bleu marine. Je vais donc essayer de lui en chiner un. Et j’ai voulu rester dans le vêtement pour Homme, car à Paris l’offre est assez pauvre donc même si je n’ai pas une énorme surface, ça me permet d’avoir ma clientèle qui recherche des produits précis et de qualité.

Du côté du meuble, j’ai remarqué que les gens achètent désormais davantage de choses pour chez eux que des fringues, qui sont à la portée de tout le monde. Quand on voit qu’un chino chez Uniqlo est à 30 euros, on se demande ce qu’il est encore possible de faire.Tout cela entraine les gens à réfléchir différemment sur leur acte d’achat de vêtements.

Les hommes achètent aussi moins de jeans qu’auparavant. Il y a eu le boom du début des années 2000 avec Diesel qui est remonté en flèche, notamment en 2004 aux Etats Unis avec des marques comme True Religion. Mais depuis 2006-2007, le jean se vend moins.

FTDF : Peux-tu nous parler de ton univers et de ton style personnel ?

David Feder : Mon univers tourne autour des années 50-60. Le renouveau de l’Amérique ; des films comme Outsiders ou American Graffiti m’ont beaucoup marqué. En termes de style, à partir du milieu des années 70, ça a changé et ça m’intéresse beaucoup moins.

Après, concernant mon style personnel, je m’habille de manière assez simple. Je ne suis pas trop du genre à adopter un total look même si ça fonctionne chez certains.

FTDF : Quel type de mobilier vends-tu ?

David Feder : Ma période phare se situe entre la fin années 40  jusqu’aux années 70. Je fonctionne beaucoup au coup de cœur. Ce qui marche bien en ce moment c’est tout ce qui est en bois et le design scandinave. Personnellement, je suis beaucoup plus intéressé par des choses épurées type Bauhaus (fin des années 30 et toutes les années 40) même si c’est plus délicat à trouver.

Aujourd’hui beaucoup de gens parlent de Prouvé par exemple mais à titre personnel, ca me fait moins rêver.

Je pense qu’il faut toujours être un peu décalé, mais pas trop non plus.

Ici, si je ne vendais que du Prouvé, je serais un parmi tant d’autres et je serais noyé. Il faut donc que je cultive une petite différence.

FTDF : Choisis-tu les meubles en fonction des prix auxquels tu pourras les revendre ?

David Feder : J’essaie d’acquérir des choses à des prix accessibles pour le client à la revente. Mais ça m’arrive aussi de flasher sur des pièces particulières, cotées et qui sont de fait plus onéreuses.

Aujourd’hui, un jeune couple qui cherche à s’installer peut trouver chez moi une console ou une belle commode à  400-500 euros, qui prennent peu de place (adaptées aux appartements parisiens),  assez uniques comparées à ce qui se fait en général, par exemple chez IKEA à monter en kit et que tout le monde a. La démarche est aussi là.

FTDF : Ça fait un peu plus d’un an que tu as ouvert. De qui se compose ta clientèle ?

David Feder : Je commence à avoir une clientèle régulière de Parisiens. Vu l’emplacement, j’ai aussi la chance d’avoir pas mal d’étrangers, dont des étrangers réguliers parce que  je communique lors des Fashion Week, donc pas mal d’Américains, de Japonais ou de britanniques mais aussi des Italiens. Le mobilier permet aussi d’élargir ma clientèle.

FTDF : Comment déniches-tu les vêtements que tu revends chez [RE]SOURCE ?

David Feder : J’utilise exceptionnellement Internet. J’utilise surtout des marchands et des contacts que j’avais à Los Angeles. En Californie il y a ce qu’il faut. À Paris, j’ai plusieurs contacts, notamment des collectionneurs. Parce qu’au niveau de la fripe à Paris, ils ont désormais très peu d’Américain, tout ayant été écoulé.

Le retour de la veste de travail m’a aussi conduit à entrer en contact avec des gens spécialisés dans le vêtement français. C’est un univers très intéressant aussi.

Pour l’instant j’essaie aussi de ne pas me disperser dans de trop nombreux produits. Le cœur de mon choix reste la veste, le cuir et tout ce qui est universitaire. Je pense qu’il faut avoir une spécialité et aujourd’hui, je pense que la pièce à manche est un produit très intéressant pour l’homme, qu’il peut adapter à sa tenue et qu’il peut aussi essayer facilement en magasin (contrairement aux pantalons).

FTDF : En Menswear, quelles sont les marques à suivre en ce moment ?

David Feder : Aujourd’hui, je ne peux pas dire qu’il y a beaucoup de marques qui me font vibrer mais il y a pléthore de marques. Il y a énormément de marques à suivre à NYC avec Adam Kimmel par exemple ; à Londres à l’image d’Albam et de Garbstore. Il y a aussi le retour de Nigel Cabourn, qui était très connu dans les années 80.

For The Discerning Few remercie David Feder pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Interview réalisée par VM et PAL pour le compte de For The Discerning Few. Paris, octobre 2011. Toute reproduction est strictement interdite sans l’accord des auteurs.

8 Commentaires

Classé dans Interviews exclusives

8 réponses à “Interview de David Feder de la boutique [RE]SOURCE

  1. Les meubles vintage présentés en photo sont superbes et très originaux en même temps. David Feder a bon goût!

  2. JJB

    Très intéressant. J’irai y jeter un oeil.

    Le pardessus Burberry est bien une pièce Vintage?

  3. G.

    Génial votre article. Je ne connaissais pas du tout bien que je fréquente beaucoup le quartier.

  4. fonzie

    Hi everybody,en effet c’est une boutique ‘sympa’,je confirme… mais néanmoins je tenais à signaler un ‘ras le bol’ concernant le ‘chino uniqlo’ cité précedemment car il appartient de source sure à une personne fumant le cohiba & chaussée par Alden et qui vante en permanence les mérites de cette marque japonaise bon marché… je lui ai déjà dit que Carrefour faisait les memes pour 10 euros de moins ! JOKE .
    A bon entendeur salut ,

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