Archives quotidiennes : 1 février 2012

Définition du chic par Michael Alden

Nous vous présentons aujourd’hui une traduction française d’un billet intitulé The essence of chic, publié par Michael Alden sur Dress With Style.

Définir « chic », voilà le hic.

Chic n’est pas un nom. Chic n’est pas un adjectif. C’est l’enfant terrible du vocabulaire de la mode. Utilisé à tort et à travers. Chic ne veut pas dire beau, joli, élégant, discret, ostentatoire. Et chic ne veut pas dire non plus à la mode ou sûr de soi. Alors, nom d’un chic, qu’est-ce que ça veut dire ?

On fait souvent allusion au « chic parisien », et l’un des plus remarquables représentants de ce chic parisien fut Jean Gabin. Il était même le chic incarné. Il quitta Paris dans sa jeunesse pour suivre jusqu’à Los Angeles sa dame de cœur, qui avait pour nom Marlene Dietrich. Ils tournèrent ensemble Normandie.

Marlene aussi avait le chic dans le sang. Dans chacun de ses globules. Quel couple ils devaient faire, quand ils se promenaient bras dessus-bras dessous sur Sunset Boulevard ! Car rien n’est plus opposé au chic que l’idée même de Sunset Boulevard. Même William Holden, cet éternel beau mec, n’a jamais vraiment mérité le qualificatif chic.

Qu’avait donc Gabin qu’Holden n’avait pas ? Il avait un visage que seule une mère ou une Dietrich pouvait aimer. Certes, il avait des yeux plus bleus que l’azur, mais il ne mesurait pas un mètre quatre-vingt-cinq. Il était même un peu trapu. Holden était le mâle parfait. Mais, et c’est là peut-être que nous commençons à mieux comprendre ce qui nous occupe ici, il n’est pas besoin d’être grand, il n’est pas besoin d’être beau mec pour être chic.

Gabin n’interprétait pas toujours des héros, et il lui est même arrivé plusieurs fois d’incarner un méchant garçon. Mais Mae West aurait apprécié son côté « taillé à la hache » et elle n’aurait pas manqué de nous dire que quand il était bon, il était bon, mais que, comme il était chic, il pouvait se permettre le luxe d’être aussi méchant[1]. Il est rassurant de penser que l’on peut être tout à la fois bon et méchant dès lors qu’on est chic dans son comportement.

A un moment où sa carrière battait de l’aile, Gabin craignit de ne plus pouvoir assurer la sécurité financière de sa famille. Il acheta donc une exploitation agricole en Normandie et puisa dans ses terres les ressources lui permettant de jouer son rôle de père de famille. C’est l’un des aspects séduisants du chic : il ne requiert pas la richesse. En revanche, il exige courage et noblesse.

Dans les nombreux rôles qu’il a pu tenir, Gabin a été attifé de mille et une manières. Il n’en était pas moins chic. Toujours. Triste nouvelle pour les fashionistas : le chic n’a pas grand-chose à voir avec les vêtements.

Les atouts majeurs de Gabin, dans son métier et dans sa vie, ont été son assurance et son charme. Jamais il n’était suffisant — son toupet aurait alors perdu tout son charme. Mais il avait de la détermination et de la volonté à revendre.

Ami lecteur, je ne suis pas sûr de t’avoir offert ici une définition de l’indéfinissable. Mais quelques mots semblent donc s’imposer quand on parle du chic : assurance, courage, charme, noblesse. Si tu possèdes dans une certaine mesure ces qualités, n’aie crainte : tu porteras tes vêtements comme il convient. Tu seras chic.


[1] Allusion à la fameuse citation de Mae West : « When I am good, I am good, but when I am bad, I am better. »

Traduit de l’anglais par FAL.

For The Discerning Few remercie Michael Alden.

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