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Elegance in an age of crisis

Part I about Womenswear can be found here.

Source: The Museum at FIT

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Passage en revue des différentes offres de costumes

FellowsNous vous proposons de passer en revue les différentes offres de costumes que l’on trouve aujourd’hui sur le marché. Précisons tout de suite que ce thème a déjà été traité avec justesse par d’autres blogueurs et que, dès lors, ce billet se veut complémentaire et en aucun cas concurrent. Notre seule ambition est de clarifier certaines choses pour nos lecteurs néophytes en la matière et si possible de leur permettre d’éviter de connaitre certaines déceptions.

Commençons par le prêt-à-porter, un qualificatif trompeur car un costume nécessite presque toujours des retouches. Au sein de l’offre de costumes en PàP, on distingue plusieurs gammes de prix qui sont déterminées notamment par deux critères. Le premier, le plus fondamental, est le cahier des charges ou plus grossièrement la « façon » qui comprend donc la construction (thermocollée, partiellement entoilée/semi-traditionnelle et entièrement entoilée/traditionnelle) ainsi que le niveau et le nombre de finitions manuelles (surpiqûres, rabattage de la doublure, montage des épaules, boutonnières, etc.). On comprend donc aisément que plus la façon est de qualité, plus la note va monter pour la simple et bonne raison qu’elle demande des employés plus qualifiés et un temps de travail plus important accordé à la réalisation du produit. Le second critère qui va impacter sensiblement le prix est tout simplement la griffe. Cela coule de source mais si vous achetez un costume que vous avez vu en publicité dans un magazine, le coût de cette publicité est en fin de compte à votre charge. Il en va de même pour le loyer du flagship luxueux dans lequel vous allez l’acheter. Cela n’est pas scandaleux, la vocation de toute société commerciale est de chercher à dégager des bénéfices, or plus les investissements sont importants plus il est nécessaire de marger pour y arriver. Et après tout, en achetant une marque plus qu’un produit, le consommateur cherche souvent à acquérir une appartenance sociale ou tout du moins à se rassurer car une marque c’est connu. L’essentiel est sans doute d’en avoir conscience.Ring JacketLe premier enseignement que nous pouvons tirer de ces développements est que la Maison qui fabrique est bien plus importante que celle qui vend.

En PàP, on distingue par ailleurs deux types d’offres. La première est celle des habilleurs ou tout du moins des Maisons qui au-delà de leur ligne directrice de base proposent des costumes dont la coupe suit plus ou moins la tendance (taille des revers, longueur de veste, montant du pantalon, plus ou moins près du corps) mais sans jamais tomber dans la caricature et par conséquent le risque de vendre un costume trop typé qui sera démodé la saison prochaine.Richard James

La seconde est celle des créateurs ou des Maisons qui se veulent résolument à la mode. Les costumes proposés sont parfois esthétiquement réussis et dans des étoffes intéressantes mais en plus d’être généralement overpriced, ils sont souvent bien trop typés pour pouvoir s’inscrire dans la durée. Ce n’est d’ailleurs absolument pas l’ambition de ces Maisons. À moins d’un sérieux coup de cœur, nous vous les déconseillons.Paul SmithPar ailleurs, à moins que vous ne soyez un consommateur avisé et que vous procédez aux retouches avec votre propre retoucheur, en PàP le vendeur sur lequel vous allez tomber aura son importance a fortiori si vous avez peu d’expérience en la matière. Un vendeur médiocre et peu précis ruinera à coup sûr votre expérience et sans doute votre allure si vous ne prenez pas les choses en main. En revanche, un vendeur qui sait vendre des pièces à manches saura rapidement vous aider à déterminer le costume qui convient à l’usage que vous souhaitez en faire. En bon connaisseur de ses produits, il déterminera rapidement la taille qui vous convient et préconisera dans la foulée les retouches qui s’imposent. Un bon vendeur connaîtra bien les aptitudes des retoucheurs avec lesquels il travaille et pourra donc, pour éviter des catastrophes, vous suggérer de passer par votre propre retoucheur pour certaines retouches un peu plus compliquées telles que l’affutage d’une manche par exemple (certains retoucheurs pour aller plus vite ne prennent pas le temps d’affuter aussi la doublure ce qui crée une sensation d’inconfort insigne). Néanmoins, gardez en tête qu’un vendeur aussi bon soit-il n’a pas vocation à jouer à la poupée ou à vous mettre la puce à l’oreille sur certaines petites imperfections comme des petits plis au niveau de l’épaule ou des fentes qui ouvrent un peu. Le PàP n’est pas pour ceux qui ont un niveau d’exigence irréaliste et les retouches si elles sont comprises dans le prix réduisent la marge.

En fin de compte, les costumes en PàP s’adressent à des hommes qui ont un physique plutôt dans la norme car dans la plupart des Maisons, la veste et le pantalon sont indissociables ce qui rend aussi bien les clients que les vendeurs prisonniers des drop (concordances de tailles définies entre le pantalon et la veste composant le complet). Les hommes très athlétiques, ayant un peu d’embonpoint ou trop fluets, très grands ou petits se tourneront plutôt vers la mesure pour obtenir un résultat satisfaisant. En revanche, si la coupe d’une Maison vous plaît et vous sied et que vous ne recherchez pas d’étoffes ou de détails sortant de l’ordinaire, un costume en PàP de bonne facture peut tout à fait faire l’affaire. Vous éviterez les délais et les déceptions qui sont parfois inhérentes à la mesure.

La mesure ou le sur-mesure : sans doute le terme le plus galvaudé et le plus trompeur du XXIe siècle. Précisons que  nous ne ferons pas de distinction entre la demi-mesure et le sur-mesure tellement les frontières sont poreuses. Partons du principe simple que dès lors que des cotes sont prises et que le vêtement est fabriqué/commandé pour le client, il s’agit d’un sur-mesure. Depuis un peu moins de dix ans, les offres de costumes sur-mesure n’ont cessé d’émerger et donc ce terme qui était jadis uniquement employé pour désigner l’offre des personnes ayant suivi une formation de tailleur n’engage aujourd’hui plus à grand-chose tant les gammes de prix sont vastes et les offres variées.Orazio LucianoUn costume sur mesure peut très bien être thermocollé. L’emploi du terme « sur-mesure » ne donne aucune garantie sur la qualité de la façon, il indique simplement que des cotes seront prises et que le vêtement sera vraisemblablement réalisé pour vous.

L’avantage du sur-mesure est que contrairement au PàP, vous pouvez choisir votre étoffe, la doublure et plusieurs spécificités et détails qui sont généralement les suivants (liste non exhaustive) :

-          Veste droite (1, 2 ou 3 boutons) ou croisée (6×2/6×3/6×1/4×2)

-          Pantalon avec (simple/double/françaises ou italiennes) ou sans pince

-          Choix du type de poches et de leur inclinaison/poches tickets

-          Choix des poches du pantalon

-          Nombre de boutonnières aux manches/choix des boutons

-          Nombre de fentes

-          Ceinture passants ou avec tirettes côtés

-          Type de revers

-          Couleur de fil pour les surpiqûres et les boutonnières (ton sur ton, SVP !)

En sur-mesure, quelle que soit l’offre, on part d’un patron existant qui est adapté à vos cotes et à vos desiderata lorsque cela est possible (largeur des rabats de poches, largeur des revers, etc.).

Comme pour le PàP, il y a différentes gammes de prix (entre 400€ et 2 000€) en sur-mesure qui diffèrent en fonction des mêmes critères : la façon, l’étoffe et la griffe. Concernant la griffe, certaines Megabrands proposent en effet des offres sur-mesure en partant généralement des patronages qu’elles utilisent en PàP. Disons le très clairement, ces offres n’ont pas grand intérêt car vous allez là encore surpayer ce vous allez acheter or comme on a coutume de dire : « Le prix c’est ce que tu paies, la valeur c’est ce que tu as. ». Mais si un nom vous rassure, libre à vous.

Par ailleurs, certaines Maisons à l’instar de Scavini Tailleur travaillent avec plusieurs façonniers de manière à proposer différentes gammes de prix et différents niveaux de construction et de finition.

Quand vous choisissez une Maison pour un costume sur mesure la démarche est assez similaire à celle que vous devez adopter avant d’acheter un costume en PàP. En effet, il convient d’observer le style et la coupe que propose cette Maison, mais aussi de bien comprendre son offre. À ce titre, le facteur le plus décisif sera sans doute la relation que vous allez avoir avec le professionnel qui va se trouver face à vous. Il n’est pas nécessaire qu’il ait suivi une formation de tailleur pour être compétent car quoi qu’il en soit ce n’est pas lui qui va confectionner le costume. Néanmoins, vous devez vous poser certaines questions : a-t-il bien cerné vos attentes ? Les étoffes qu’il vous propose sont-elles pertinentes ? A-t-il la possibilité d’ajuster légèrement son patronage pour vous satisfaire davantage ? Est-il lui-même élégant ? Est-il en mesure de vous faire essayer des modèles ? À quoi ressemblent les clients qui sortent de chez lui ? Souhaite-t-il boucler l’affaire le plus rapidement possible (la réponse est toujours oui, mais vous le fait-il sentir ou prend-il le temps) ?  Ces choses simples vous permettent de vous faire une idée plus précise de l’endroit où vous mettez les pieds.

Une fois la commande effectuée, c’est le moment de l’attente. Les délais peuvent varier selon les Maisons et se situent généralement entre 10 jours pour les plus rapides et 6 semaines pour les plus lents. En principe, pour un costume sur mesure, deux essayages sont nécessaires : l’essayage intermédiaire qui permet de procéder aux ajustements et l’essayage final qui permet de s’assurer que ces ajustements ont été réalisés correctement. L’essayage intermédiaire est crucial car il vous permet d’évaluer concrètement les talents de l’habilleur. En effet, même s’il y a toujours une petite marge d’erreur, c’est à ce moment-là que vous pourrez observer si les mesures ont été correctement prises : même s’il n’est pas là pour jouer à la poupée, est-il prompt à effectuer des ajustements nécessaires ou tente-t-il d’en faire le moins possible (là encore, les retouchent diminuent la marge) et de noyer le poisson en vous assurant que le pli de col que vous apercevez distinctement n’est que le fruit de votre imagination?

Plus encore que le vendeur en PàP qui est prisonnier des produits à sa disposition, l’habilleur en sur-mesure joue un rôle de conseil déterminant notamment pour les néophytes.

Le sur-mesure s’adresse aux hommes qui ne trouvent pas leur bonheur en PàP pour des raisons multiples : physique non conforme aux standards du PàP, recherche d’une coupe ou de détails précis, d’un choix de matières plus important. Il est clair qu’aujourd’hui de plus en plus d’hommes sont tentés par le sur-mesure tant la différence de prix avec un PàP de qualité est mineure. Néanmoins, qui dit plus de choix dit aussi plus de risques d’erreur. Il convient donc de bien se renseigner en amont afin d’éviter de cruelles désillusions. Pour des physiques « classiques », un bon patronage de PàP avec les retouches adéquates est préférable à une offre « mesure » vaseuse…

Évoquons enfin brièvement la Grande Mesure dont la caractéristique fondamentale est la réalisation d’un patron spécialement pour vous. En Grande Mesure, les prix peuvent varier assez sensiblement selon les Maisons/artisans de 2 200€ à 7 000€. En principe, la Grande Mesure se caractérise aussi par un nombre de finitions manuelles que l’on ne retrouve que très rarement ailleurs : montage des épaules à la main, doublure rabattues main, boutonnières faites à la main, etc. Néanmoins, cela varie selon les Maisons. En effet les costumes des maisons du Row présentent généralement beaucoup moins de finitions manuelles que ceux des tailleurs italiens et quant aux maisons françaises, elles ont la réputation d’avoir un niveau de finition encore supérieur à ce qui se fait en Italie (on pense notamment aux intérieurs de veste).Boutonnière CifonelliUn costume en grande mesure implique au-delà de la prise de mesures initiale au grand minimum trois essayages et plus généralement un service sans comparaison avec ce que vous connaîtrez ailleurs. Même si la grande mesure garantit la réalisation d’un patron spécifique à votre personne, il faut souligner que chaque maison/tailleur a son style. Dès lors, il est assez malvenu de se rendre par exemple chez Anderson & Sheppard dans le but de demander un bas de veste très arrondi tel que le propose Liverano. Il est donc nécessaire d’observer de manière assez précise les caractéristiques du style de chaque maison avant de se lancer. Vous ne pourrez pas obtenir une Ferrari en allant chez Range Rover et inversement.

LiveranoEn outre, ce serait une erreur de penser que la Grande Mesure va régler vos problèmes et vous transformer comme par magie en élégant. Les choses ne sont pas si simples, on voit parfois des gens habillés en grande mesure dont les costumes sont techniquement très bien faits mais qui ne ressemblent à rien. Au risque d’enfoncer une porte ouverte, le goût ne s’achète pas.BNTAILOREn résumé, la Grande Mesure (réussie) s’adresse avant tout à des hommes avertis et patients (les délais sont de plusieurs mois) qui souhaitent des choses spécifiques et qui attachent une extrême importance à la qualité de la façon, aux finitions et à l’ajustement au corps.

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Interview de Yasuto Kamoshita, directeur artistique d’United Arrows

For The Discerning Few a le plaisir de présenter une interview de Yasuto Kamoshita, directeur artistique d’United Arrows et designer de Camoshita United Arrows.

English version

For The Discerning Few : Pourriez-vous nous présenter votre parcours personnel ?

Yasuto Kamoshita : Je viens de Tokyo. Je suis diplômé de l’université des Beaux-Arts de Tama. J’ai travaillé pour Beams dans la vente dans un premier temps, puis je me suis occupé des achats et de la planification. J’ai ensuite participé à la création d’United Arrows en 1989 pour qui j’ai tout d’abord été responsable des achats pour l’homme et des visuels. Je suis aujourd’hui directeur artistique de la société.

FTDF : Quand avez-vous commencé à prêter attention à la manière dont vous vous habilliez ?

Yasuto Kamoshita : J’ai vraiment commencé à y prêter attention quand j’étais au lycée car c’est à cette période que j’ai développé un intérêt pour la mode. Cela s’est confirmé à l’université car alors même j’étudiais l’architecture d’intérieur, je me suis finalement tourné vers la mode et l’habillement.

FTDF : Pourriez-vous décrire votre style personnel ?

Yasuto Kamoshita : Je suis né en 1958 donc, de fait, j’ai été très imprégné par la culture américaine et notamment tout ce qui tournait autour du style Ivy League qui était très populaire durant ma jeunesse. Je dirais donc que mon style est avant tout d’inspiration américaine. Sinon, mon style est assez « classique ». J’aime bien être assez « habillé » mais sans que cela se traduise par une apparence rigide ou autoritaire. Il faut être sérieux, mais pas trop.

FTDF : Quand est-ce que votre marque Camoshita United Arrows a-t-elle été créée ? Quelle était votre ambition au moment de son lancement ?

Yasuto Kamoshita : Camoshita United Arrows a été lancée en 2007. L’ambition était tout simplement de créer une marque incarnant une certaine vision du style japonais.

FTDF : Pourriez-vous justement nous parler de la dernière collection que vous avez présentée au dernier Pitti Uomo ?

Yasuto Kamoshita : Cette collection qui est celle de l’hiver prochain est assez habillée et formelle. Elle tend à représenter ce que j’appellerais le « dandysme japonais » en présentant le savoir-faire japonais en matière de costumes et de vestes qui sont à l’origine des vêtements occidentaux. En effet, les Américains et les Européens ont de fait une grande culture et un énorme savoir-faire concernant le vestiaire masculin. Mais je pense qu’il existe aussi une interprétation et un savoir-faire japonais  en la matière que les gens auront, je l’espère, la possibilité de découvrir au travers de cette collection.

FTDF : Le Japon est désormais le marché numéro 1 pour tout ce qui touche à l’habillement masculin avec des consommateurs très sensibles et très pointus. Est-ce un état de fait que vous êtes en mesure d’expliquer ?

Yasuto Kamoshita : Je n’ai pas vraiment d’explication précise à donner. Je dirais tout simplement qu’il est dans la culture japonaise d’apprendre les choses assez vite. Nous sommes d’une manière générale assez minutieux. Une fois que nous avons assimilé les bases, nous aimons bien essayer d’améliorer et de développer les choses.

Concernant l’habillement masculin, il y a beaucoup de Japonais qui sont passionnés par le style américain et la culture tailleur européenne ; et qui ont beaucoup appris en s’en inspirant. Enfin, c’est vrai qu’il y a au Japon une culture du détail qui aide forcément à être précis aussi bien pour acheter que pour créer.

FTDF : Vous êtes spécialiste de la culture américaine et notamment de la période Ivy League. Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs la différence entre les styles Ivy et Preppy ?

Yasuto Kamoshita : Il y a tout d’abord une différence d’époque. Le style Ivy League s’est développé dans les années 1960 avant la guerre du Vietnam alors que le mouvement Preppy n’est apparu qu’à la fin de la guerre.

En fait, le style Ivy était avant tout basé sur la provenance des produits et il reposait donc sur des marques américaines telles que J. Press, Gant ou Brooks Brothers. Mais avec le développement du mouvement Hippy, le style Ivy s’est trouvé mélangé à des marques européennes. C’est cet amalgame qui a fait émerger le style Preppy au début des années 1980.

Pour ce qui est des différences pures, le style Ivy est beaucoup plus codifié ; il fallait s’habiller selon une heure, un lieu, une occasion. De plus les couleurs dominantes étaient assez sobres : bleu marine, gris, marron. Le style Preppy est beaucoup plus débridé et beaucoup plus coloré.

FTDF : Que pensez-vous de la manière dont s’habillent les hommes français aujourd’hui ?

Yasuto Kamoshita : Aujourd’hui, ce que j’en pense ? Rien. Même si je ne l’ai pas vu de mes propres yeux, je pense que les années 1960 étaient la période à laquelle les hommes français s’habillaient le mieux. On peut s’en apercevoir en regardant des films tels que Le Samouraï avec Alain Delon.

FTDF: Avez-vous des icônes de style ?

Yasuto Kamoshita : Je vais sans doute citer les mêmes que beaucoup d’autres : Fred Astaire, Steve McQueen, Jean-Paul Belmondo ou encore Serge Gainsbourg.

Je pense qu’il est bon de tirer ses inspirations de différentes périodes et de différents horizons. Il faut prendre ce qu’on apprécie chez les autres et essayer de l’adapter à sa personne. C’est ainsi qu’on crée son style. Il ne faut pas s’inspirer d’une seule personne et essayer de la répliquer, on ne deviendra jamais élégant en procédant ainsi. Il faut au contraire s’ouvrir et puiser dans plusieurs sources.

FTDF : Quels sont les endroits et les magasins que vous aimez visiter lorsque vous êtes à Paris ?

Yasuto Kamoshita : J’aime aussi bien aller aux Puces qu’aller chez Hermès, Charvet et Arnys. J’aime aussi visiter les musées et me promener rue de Seine.

FTDF : Quel conseil donneriez-vous à un jeune homme essayant créer son propre style ?

Yasuto Kamoshita : Ne te contente pas de la mode et de l’habillement. Sois curieux. Prend le temps d’apprécier les belles choses de la vie. Instruis-toi.

For The Discerning Few remercie Yasuto Kamoshita pour sa disponibilité, son savoir et sa gentillesse.

Remerciements également à Béatrice Kim.

Interview réalisée par PAL et VM pour le compte de For The Discerning Few avec l’aide précieuse de Yumiko Kaneko. Paris, janvier 2012. Tous droits réservés.

Source photos: For The Discerning Few; Yasuto Kamoshita; The Sartorialist; Street FSN.

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Interview exclusive de Michael Alden

For The Discerning Few a le plaisir et l’honneur de vous présenter une interview exclusive de Michael Alden : acteur, entrepreneur, créateur du London Lounge et de Dress With Style, connaisseur avisé du monde du sur-mesure et de la culture tailleur, polyglotte, et last but not least un vrai gentleman. An English version here.

For The Discerning Few : A quand remonte votre passion pour les vêtements ?

Michael Alden : Je n’ai jamais eu de passion pour les vêtements. Je suis passionné par les hommes, les hommes qui sont capables d’avoir une présence élégante, dans la vie ou sur scène. Même les gens les plus simples. L’élégance n’est pas dans les vêtements, elle est dans l’homme qui les porte et dans sa façon de les porter. L’important c’est l’allure de l’homme.

J’ai grandi à Beverly Hills. Nous regardions des films des années trente, quarante. À cette époque, il y avait de vrais personnages : Cary Grant, Fred Astaire. C’était ma jeunesse.

À l’époque les grandes stars sortaient le soir, on les voyait. Ce n’était pas comme aujourd’hui. Nous étions émerveillés par leur présence, leur capacité à faire taire deux cents personnes. À ce titre, je me souviens avoir été avec mon grand-père dans un restaurant huppé d’Hollywood. À un moment, il y a eu un grand silence. J’ai donc demandé à mon grand-père ce qu’il se passait et il m’a répondu en chuchotant: « Orson Welles vient d’entrer dans la salle. Orson Welles ! ». Tout le monde était bouche bée. Les personnages comme ça nous manquent.

FTDF : Comment peut-on développer cette présence élégante dont vous parlez ?

Michael Alden : Je pense que chacun de nous à la capacité de la développer. Mais elle est cachée au plus profond de nous-mêmes et il faut arriver à la libérer. À ce titre, je pense que le premier pas pour les jeunes consiste à trouver son style. Il faut se poser des questions : Quel est mon style ? Qui je suis ? Où je vais ?

Cette recherche de soi-même qui est à mon sens fondamentale est le thème principal de mes vidéos sur Dress With Style. C’est vraiment crucial car on voit des gens qui dépensent énormément d’argent pour s’habiller dans les meilleures maisons, en sur-mesure ; mais à la fin, ils n’ont pas cette puissance, ce pouvoir magnétique dont parle Balzac, qui leur permettrait d’attirer les gens.


Je crois que physiquement nous sommes conçus et construits pour être attirants. Nous sommes des hommes. L’espèce ne peut se perpétuer que si nous sommes capables de développer ce pouvoir.

FTDF : Faut-il développer ce pouvoir par les vêtements ?

Michael Alden : Les vêtements sont un encadrement. La première chose est de trouver son propre style et ensuite le choix des vêtements vient naturellement. Dès lors que l’on est à l’aise, tout est plus spontané.

Ce pouvoir magnétique nous donne la possibilité de choisir facilement les choses. Il n’y a plus lieu d’être complexé et de suivre la mode tous les six mois pour se retrouver avec une garde-robe incohérente, coûtant une fortune et qui ne vous correspond pas.

FTDF : Quand avez-vous commencé à vous intéresser à la Grande Mesure ?

Michael Alden : Mon grand-père et mon oncle étaient tous les deux des dandies et des clients de Savile Row. Ils m’ont fait découvrir un peu cet univers lorsque j’étais jeune.

Mais malgré leurs conseils, je m’en suis écarté et je suis parti à l’aventure comme beaucoup de jeunes. J’ai fait énormément d’erreurs en recherchant mon propre style, ma propre vision.

FTDF : Avez-vous aussi fait des erreurs dans le choix des maisons ?

Michael Alden : Tout à fait, aussi bien en prêt-à-porter qu’avec des tailleurs. Mais c’est en faisant des erreurs que l’on apprend.

Le problème aujourd’hui, c’est que les choses coûtent bien plus cher que jadis. Dès lors, un jeune homme ne peut pas trop se permettre de faire d’erreurs.

Je conseillerais donc aux jeunes hommes d’aller lentement, de prendre leur temps pour bien trouver leur style et comprendre ce qui leur correspond.

Le sur-mesure en Italie et en Angleterre reste abordable : entre 2 000 et 3 000 euros, on peut avoir quelque chose de très convenable. Mais certaines maisons sont dans les 5 000/6 000 euros. D’ailleurs à Paris, c’est terminé. Même si Cifonelli et Camps De Luca proposent des prestations d’un très grand niveau, du fait de la rareté de ce qu’ils font, les tarifs proposés sont dissuasifs.

FTDF : Pensez-vous, contrairement à nous, qu’il y ait un regain d’intérêt pour l’élégance classique ?

Michael Alden : Je ne pense pas qu’il y ait un renouveau d’intérêt pour le vêtement classique, mais il y a un regain d’intérêt pour le « Sur-Mesure ». Si Savile Row est à plus 30% de chiffre d’affaires depuis deux ans alors que l’on traverse une crise économique, c’est sans doute parce que les gens ont compris que certains métiers allaient disparaître.

Mais l’intérêt pour le vêtement classique est « terminé ». Il n’y a pas de retour.

FTDF : Pensez-vous qu’il y ait un regain d’intérêt pour le travail de ces artisans ou que ceci est dû à certaines stratégies de communication employées par des Mega Brands qui ont joué avec les termes  Sur-Mesure et Bespoke en mettant des paires de ciseaux et des mètres à couture partout alors même qu’à l’image d’Hugo Boss, ils se moquent complètement de la culture tailleur ?

Michael Alden : Tout à fait. C’est de la communication et d’ailleurs les maisons historiques du Row se sont plaintes de ces stratégies marketing.

FTDF : Beaucoup de gens considèrent que le Row est « mort ». Quel est votre avis sur la question ?

Michael Alden : Je serais beaucoup plus nuancé. Il y a sur le Row des maisons qui tournent bien, le problème c’est qu’on ne sait pas combien de temps cela va durer. Ils ont des difficultés à trouver des artisans pour continuer à travailler.

FTDF : C’est pour ça que certaines maisons historiques veulent devenir des brands en s’inspirant de ce qui a été fait par Richard James et Ozwald Boateng, par exemple ?

Michael Alden : Tout à fait. C’est le futur du Row.

FTDF : Quelles sont les maisons qui restent les plus sérieuses sur le Row ?

Michael Alden : Il y en a une poignée : Huntsman, Anderson & Sheppard, Henry Poole, Richard Anderson et quelques maisons périphériques qui sont encore authentiques.

FTDF : Vous habitez en Italie, pourriez-vous nous parler de la culture tailleur italienne ?

Michael Alden : Je suis très attaché à la culture tailleur italienne. J’ai travaillé avec des tailleurs à Naples, à Rome, à Florence et en Sicile. Je suis fasciné par leur façon de faire et leur créativité. Chaque ville a sa tendance et ses spécificités, c’est vraiment impressionnant.

J’ai récemment rendu visite à un tailleur napolitain de 80 ans, à la retraite, qui continue à faire des choses magnifiques. Le problème, c’est que son savoir va disparaître car après lui il n’y a personne pour reprendre le flambeau.

FTDF : Préférez-vous le style anglais ou le style italien ?

Michael Alden : Tout dépend de la façon dont la personne porte les habits. L’élégance dépend de l’homme, on ne peut pas l’acheter, ce n’est pas dans les vêtements. Elle est dans la manière dont l’homme arrive à se développer lui-même.

J’aime beaucoup les tailleurs de Sicile et de Naples, mais mon style est plutôt anglais. J’aime la sobriété, la simplicité de la coupe anglaise car si les Italiens ont tendance à être meilleurs pour les finitions, les Anglais sont généralement plus efficaces lorsqu’il s’agit d’ajuster le vêtement au corps.

En outre, le style italien est parfois un peu extravagant à l’image de ce que fait Kiton aujourd’hui qui crée des vêtements un peu loud avec de gros revers et un boutonnage très bas. Cela me plaît un peu moins.

J’apprécie plus l’ancien style napolitain qui s’inspire de la Drape Cut de Frederick Scholte dont je trouve la ligne épurée très élégante.

FTDF : Vous insistez sur le fait que cette culture tailleur est en train de disparaître aussi bien en Italie qu’en Angleterre. Pensez-vous qu’Internet, notamment par l’intermédiaire de blogs comme le vôtre, puisse aider à préserver un peu cette culture en aidant des gens plus jeunes à s’y intéresser ?

Michael Alden : Tout à fait. Internet permet d’aider et parfois même d’instruire. C’est très important car il y a énormément de pièges aujourd’hui qu’il n’y avait pas dans le passé. Maintenant, on joue avec les termes et on présente comme du « sur-mesure » des offres où il revient au client de prendre ses propres mesures. Pour les non initiés un peu crédules, c’est le brouillard complet. Mais le vrai problème est que tout cela porte préjudice aux vrais artisans. C’est pourquoi avec Internet, il faut les mettre en avant.

FTDF : Un petit peu à l’image de ce que vous avez fait pour Ambrosi ? On sait que vous avez joué un rôle dans leur développement. Pourriez-vous nous en parler ?

Michael Alden : Il y a une dizaine d’années, je flânais dans les rues de Naples dans le quartier des tailleurs. À l’époque, on pouvait les voir travailler avec les fenêtres ouvertes. Je n’ai donc pas hésité à frapper aux portes et à discuter avec eux. Comme je n’appréciais pas trop les pantalons napolitains, j’ai indiqué à certains tailleurs que je souhaitais travailler avec un artisan afin de réaliser des modèles qui m’iraient mieux. On m’a donné quelques adresses et c’est ainsi que j’ai rencontré la famille Ambrosi, qui à l’époque n’officiait que pour d’autres marques telles que Rubinacci.

Antonio et Salvatore Ambrosi

J’ai donc commencé à travailler avec eux, en leur faisant réaliser plusieurs pantalons. Je me suis trouvé bien et j’ai pensé que d’autres hommes seraient intéressés par leurs talents.

Désormais, ils se développent bien. Salvatore Ambrosi effectue pas mal de voyages pour rencontrer des clients. The Rake leur a consacré un article et j’ai réalisé une petite vidéo sur eux sur mon blog. Tout ça fait que les gens s’intéressent avec attention à ce qu’ils proposent.

Pour 450 euros, ils proposent un excellent produit avec des finitions impeccables, à condition bien entendu que l’on apprécie la coupe.

FTDF : Vous avez travaillé et vous continuez de travailler avec de nombreux artisans. À quelles difficultés vous êtes vous heurté ?

Michael Alden : Il y aurait un livre à écrire concernant l’aspect psychologique du travail avec des artisans. En effet, certains, pourtant très doués, sont bornés et refusent toute évolution. Ils ne souhaitent pas aller au-delà de leurs compétences de base.

Il est donc nécessaire de choisir l’artisan en fonction de son style. Toutefois, il existe des exceptions. Je travaille avec un tailleur en Sicile qui a appris auprès d’un grand maître romain. Aujourd’hui, avec l’influence que j’ai apportée, on fait des costumes qui sont beaucoup plus anglais d’esprit car il a tout de suite compris mes attentes. Il est curieux et ouvert, même s’il a 70 ans. Il adore ça. C’est vraiment un privilège de travailler avec des tailleurs qui sont aussi passionnés que nous.

FTDF : Pourriez-vous nous décrire votre style personnel ?

Michael Alden : Mon style est très éclectique, avec de nombreuses influences différentes. J’aime les matières nobles et les beaux tissus. Le tweed, la flanelle et le lin sont mes trois matières préférées. Je n’aime pas trop la gabardine de laine qui fait trop business suit à mon goût.

Le problème c’est que les beaux tissus sont difficiles à trouver aujourd’hui. En effet, avec la disparition des tailleurs, les drapiers privilégient les tissus qui sont travaillés à la machine dans les usines et proposent de moins en moins ce type de tissu qui est fait pour être travaillé à la main.

FTDF : À ce titre justement, pourriez-vous nous parler de la situation des mills en Écosse et en Angleterre ?

Michael Alden : Avec le déclin des tailleurs, leur situation devenait inquiétante et précaire. Mais avec le petit regain récent pour le sur-mesure, ils ont repris du poil de la bête et il y a un renouveau d’intérêt pour ces tissus.

FTDF : La plupart des gens pensent que les tailleurs ne font que des costumes. Or, on sait que vous êtes un amateur de manteaux bespoke. Pourriez-vous nous en parler ?

Michael Alden : C’est juste. Les tailleurs ne sont pas uniquement là pour réaliser des costumes trois pièces. Je suis fasciné par les manteaux et je fais actuellement réaliser un Caban, par mon tailleur en Sicile. J’ai fait faire une veste en cuir récemment. Je suis actuellement en train de faire au Japon un modèle de jeans qui convienne aux hommes assez grands et qu’on puisse porter à la taille naturelle.

Il ne faut donc pas hésiter à recourir aux tailleurs pour faire réaliser des vêtements moins « traditionnels ».

FTDF : Nous avons l’impression que les Japonais sont aujourd’hui les plus pointus dans l’habillement, même lorsqu’il s’agit de vêtements classiques. Partagez-vous ce ressenti ?

Michael Alden : Vous avez raison. Le Japon est aujourd’hui le marché numéro 1. Je dis souvent aux artisans que je fréquente que leurs talents seraient bien mieux appréciés au Japon que dans leur propre pays.

Source: The Sartorialist

Les Japonais que l’on voit au Pitti Uomo et dans les différents salons de professionnels sont très élégants. Ils aiment le tissu et sont très connaisseurs.

D’ailleurs, un de mes meilleurs amis est Yukio Akamine qui est un dandy d’une rare élégance. Il a un site et un blog qui inspirent beaucoup de jeunes gens.

Yukio Akamine (Source: The Sartorialist)

FTDF : D’après vous, combien de personnes dans le monde s’intéressent à la culture tailleur ?

Michael Alden : Cet univers a toujours été très restreint. C’est une micro niche. J’évalue à 20 000 personnes dans le monde, le nombre de gens s’intéressant à la culture tailleur. D’ailleurs, ce qui est amusant c’est qu’avec Internet, nous nous connaissons presque tous.

FTDF : Pensez-vous qu’il soit possible d’alterner entre un style assez classique et un style plus décontracté tout en maintenant un niveau d’élégance ?

Michael Alden : Tout à fait. L’élégance ne se trouve pas que dans le vêtement classique. Il y a d’autres styles qui permettent de l’exprimer. Moi qui suis très classique, je me suis posé comme challenge de m’habiller un peu plus street avec un jean et une veste en cuir. Je suis à l’aise et mes amis, notamment Pierre-Paul, me disent que c’est assez réussi.

Il ne faut pas avoir peur de faire bouger les lignes. En faisant ça, ce que je veux montrer, c’est que quel soit son style, l’important est de bien faire les choses.

À titre d’exemple, dans les années cinquante, il y avait des personnages comme Paul Newman et Marlon Brando qui portaient des jeans et des vestes en cuir, ce qui ne les empêchait pas d’avoir une allure incroyable.

FTDF : Quelle importance accordez-vous aux règles et aux codes qui encadrent le vêtement classique ?

Michael Alden : Je pense que les proportions sont très importantes. En revanche, pour ce qui est des règles, c’est à double tranchant car cela bloque énormément de gens. Cela bloque la créativité et cela semble difficile pour les débutants.

C’est bien de connaître les règles de base mais il faut rapidement se faire un œil et avoir son avis personnel, parce que c’est l’instinct qui est primordial lorsque l’on veut avoir son propre style.

FTDF : Quels conseils donneriez-vous à des jeunes souhaitant se constituer une garde-robe valable composée de quelques costumes ?

Michael Alden : Je leur conseillerais de se faire couper cinq costumes, dans de bons tissus, chez un tailleur. Pas à Paris, car c’est inabordable, mais en Angleterre ou en Italie. Ils pourront les garder pendant longtemps et n’auront plus besoin d’acheter autre chose.

Et s’ils souhaitent ensuite s’amuser, ils pourront le faire en sachant qu’ils ont « en réserve » les costumes qui sont nécessaires à leur carrière professionnelle.

Sur le long terme, cela leur reviendra beaucoup moins cher que d’aller changer tous les deux ans des vêtements qui ne tiennent pas.

FTDF : Nous sommes d’accord avec vous. Mais c’est un état d’esprit à adopter. Tout le monde n’a pas cette maturité. Il faut se connaître soi-même pour éviter de subir des styles imposés par des designers…

Michael Alden : Exactement. C’est pour ça que l’idée de mon site était d’aider les jeunes à ne pas reproduire les erreurs que nous avions commises.

FTDF : La plupart des hommes qui portent un costume à Paris font vraiment peine à voir, notamment au niveau de la coupe et des proportions. Ils subissent ce vêtement. Comment l’expliquez-vous ?

Michael Alden : Je suis d’accord et c’est d’ailleurs assez triste car dans le temps Paris avec Rome, Naples et Londres était une des capitales de la mode masculine.

D’ailleurs, moi qui aime la France, j’ai toujours en mémoire des icônes telles que Noiret, Belmondo ou Gabin qui étaient des monstres de style, des hommes avec une allure incroyable !

J’ai eu la chance de voir souvent Philippe Noiret. Il avait une subtilité et une puissance rare. J’ai beaucoup appris de lui. Il est l’un des plus « forts » que j’ai rencontrés.

FTDF : Malheureusement, personne n’a pris sa suite. On a l’impression qu’entre deux générations, il y a eu une coupure de courant. Faites-vous le même constat ?

Michael Alden : C’est juste. Les hommes de ma génération ont appris de leurs pères et de leurs grands-pères car c’était transmis de génération en génération, au moins les premiers instincts, les premières idées.

Depuis 1968 et les hippies, il y a un gouffre qui s’est creusé et qui est maintenant de deux générations. C’est pourquoi des sites comme le vôtre et le mien permettent aux jeunes de redécouvrir le vêtement classique et l’élégance. Cela permet de donner des réponses aux interrogations que la mode n’offre pas.

Les jeunes doivent aller lentement avant de jouer et d’expérimenter avec le vêtement classique.

FTDF : Pensez-vous qu’il y a, en France, un climat de société qui empêche les gens d’exprimer leur propre style ?

Michael Alden : C’est vrai qu’être tiré à quatre épingles n’est pas très bien perçu. Mais la vie est trop courte pour penser ça. Moi, je m’habille tous les matins pour « exploser », pour me mettre en scène, pour faire du théâtre et j’adore ça.

On est là pour séduire. On est fait pour ça et si on ne le fait pas tous les jours, on perd du temps. On ne sait jamais qui on va rencontrer dans cette vie, donc il faut toujours être prêt pour l’aventure.

Si on ne pense pas comme ça, avec cet enthousiasme, autant aller directement finir ses jours en maison de retraite ou dégager la place pour ceux qui veulent vivre !

FTDF : En France, on a l’impression que l’on a tendance à s’habiller plus pour les autres et leur approbation que pour soi-même. Il y a beaucoup de gens qui font de gros efforts de style mais qui ne sont pas eux-mêmes, qui sont d’autres gens. Ils semblent n’avoir aucune personnalité…

Michael Alden : Oui. Il y a des codes de société qui sont très stricts.

FTDF : Les codes sont-ils très stricts ou est-ce que ce sont les gens qui pensent que les codes sont très stricts ? Les gens ne s’inventent-ils pas des problèmes ?

Michael Alden : C’est vrai qu’il y a  une « autocomplication » des gens. C’est pour ça que je dis que chacun a en soi cette puissance dont je parle. Mais les gens ne la laissent pas sortir parce qu’ils se compliquent la vie. Ils se créent leurs propres problèmes et sont dans leur propre prison.

Mais il faut bien dire que nous avons toujours été une minorité que ce soit dans les années soixante ou aujourd’hui. Dans le temps, les gens s’habillaient mal aussi.

FTDF : Certes, mais jadis, il y avait des gens dans les magasins qui étaient capables de fournir un vrai conseil. Alors que maintenant, cela semble avoir complètement disparu…

Michael Alden : Tout à fait. Aujourd’hui, les vendeurs vendent pendant un temps des machines à laver et le mois d’après, ils vendent des costumes.

Il est vrai aussi que les grandes maisons ont quasiment disparu et que pour celles qui demeurent, le niveau de service a considérablement baissé.

FTDF : Quel jugement portez-vous sur la mode ?

Michael Alden : La mode sert ceux qui ne sont pas capables d’avoir leur propre style. Ils adoptent ce qui se fait. Les gens qui n’ont aucun magnétisme portent des marques pour exister. Ils doivent porter des choses loud et vulgaires, sinon personne ne les voit.

Un homme qui dégage de la puissance n’a pas besoin de ça pour exister. Il va s’habiller sobrement, avec subtilité et ça suffira.

FTDF : Nous avons beaucoup parlé de vêtements. Pourriez-vous nous parler de souliers ? Êtes-vous un adepte de la mesure ?

Michael Alden : J’ai fait faire quelques souliers sur mesure, mais je me trouve très bien avec le prêt-à-porter ancien de chez Edward Green. Je suis donc bien équipé. J’ai des chaussures que j’ai acheté en 1985 qui sont plus belles aujourd’hui qu’elles ne l’étaient au moment de l’achat.

Pour en revenir au sur-mesure, je n’en ai pas l’utilité pour les souliers alors même qu’un tailleur m’est indispensable pour les vêtements.

Toutefois, je vais souvent chez Cleverley car j’adore regarder ce qu’ils font et il y a des bottiers français qui ont beaucoup de talent.

Je considère que les chaussures doivent être les plus sobres possibles. Je ne suis pas partisan de la fantaisie. Les gens ne doivent pas regarder vos pieds. Une femme doit vous regarder dans les yeux ! On capte l’attention des gens avec les yeux. Jean Gabin disait : « C’est dans les yeux ! Dans les yeux ! Il faut regarder les mecs dans les yeux ! ». C’est là qu’est la communication. C’est fondamental.

FTDF : Quelles sont vos bonnes adresses ?

Michael Alden : Sincèrement, j’ai le privilège de travailler avec quelques vieux tailleurs à la retraite qui officient encore pour quelques hommes chanceux. Par respect, je préfère ne pas révéler leur identité.

Je connais toutes les maisons et leurs styles, mais je n’y vais plus. Je pense que chacun doit identifier les styles des maisons et trouver celui qui s’accorde le mieux avec le sien.

À Paris, pour le sur-mesure, il ne reste rien pour moi. Je ne sais pas ce qu’il en est pour la demi-mesure. Il faut aller à Londres et en Italie pour découvrir les choses. C’est une aventure.

FTDF : Il y a énormément de blogs et de sites consacrés à la culture tailleur.  Y a-t-il des conséquences négatives, selon vous ?

Michael Alden : Oui, Internet a eu un impact négatif sur la culture tailleur, car cela a conduit des artisans à communiquer et à devenir des marques.

En outre, il y a beaucoup de gens qui se présentent comme des experts mais on ne sait pas à quoi ils ressemblent derrière leur ordinateur. C’est pour ça que je fais des vidéos et des photos, les gens aiment ou détestent mon style, mais au moins, ils peuvent le voir et je ne cherche pas à leur vendre quoi que ce soit.

FTDF : Vous voyagez beaucoup. Dans quelle ville les gens sont-ils les plus élégants ?

Michael Alden : Honnêtement, en voyageant entre Londres, Paris et l’Italie, je ne vois que très peu d’hommes élégants chaque année. Mais j’en vois encore parfois à Londres et en Italie. En effet, l’avantage des Italiens c’est qu’ils savent porter le costume, ils sont à l’aise, c’est ce qui fait la différence. Ça paraît naturel même s’ils n’ont pas forcément la culture du vêtement classique.

FTDF : Un mot de la fin ?

Michael Alden : J’ai toujours souhaité que les jeunes s’intéressent à l’artisanat et apprécient un talent qui va disparaître. Et si vous souhaitez une carrière, faites-vous embaucher chez un artisan, pour que l’on puisse dans vingt ans continuer cette grande aventure qu’est le sur-mesure.

Michael Alden et Pierre-Paul-Marie Hofflin

For The Discerning Few remercie Pierre-Paul-Marie Hofflin pour son extraordinaire accueil et Michael Alden pour sa disponibilité, son élégance et sa gentillesse.

Interview© réalisée par PAL & VM, dans le salon cireur Talon Rouge, pour le compte de For The Discerning Few®. Paris, Décembre 2010. Toute reproduction est strictement interdite sans l’accord des auteurs.

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Insight from the Duke of Windsor

Windsor

"From 1919 until 1959 –- a space of forty years -– my principal tailor in London was Scholte. It is a firm which, alas, no longer exists…[Scholte] once told me that as a young man he had had to serve ten years of arduous apprenticeship before he was allowed to cut a suit for a client. He had the strictest ideas as to how a gentleman should and should not be dressed…he disapproved strongly of any form of exaggeration in the style of the coat…As befitted an artist and craftsman, Scholte had rigid standards concerning the perfect balance of proportions between shoulders and waist in the cut of a coat to clothe the masculine torso. Fruity [Metcalfe] who, for all his discretion of costume was always ready for some experiment, had sinned by demanding wider shoulders and a narrower waist. Thus, for some time, he was excluded from Scholte’s sacred precints. These peculiar proportions were Scholte’s secret formula.

I never had a pair of trousers made by Scholte. I disliked his cut of them; the were made, as English trousers usually are, to be worn with braces high above the waist. So, preferring as I did to wear a belt rather than braces with trousers, in the American style, I invariably had them made by another tailor… It is impossible to name, seriously, the best-dressed or even the ten best-dressed men in the world. There are different styles, and certain men who wear each of them well. The details of a man’s costume are a matter of individual taste – whether his lapels be broad or narrow or his trousers long or short. I prefer four buttons on my coat sleeves, for example, but I cannot give any logical reason why I do. Yet I am credited with having influenced styles in my time. It was quite unconscious; I have always tried to dress to my own individual taste."

" Frederick Scholte a été mon tailleur pendant près de quarante ans. Il m’a indiqué qu’il avait dû apprendre le métier pendant dix ans avant d’avoir l’autorisation de couper un costume pour un client. Il avait une vision très stricte de la manière dont devait s’habiller un gentleman. Son goût pour l’excentricité et l’exagération était très modéré. Sa conception des proportions d’une veste s’agissant notamment du rapport entre la longueur de la tête d’épaule et le cintrage de la taille était aussi précise qu’arrêtée. Fruity Metcalfe, un client pourtant avisé en matière de costumes, s’était vu déclaré persona non grata par Scholte pour avoir eu l’insigne maladresse de demander une tête d’épaule plus longue et une taille plus marquée. Cette intransigeance sur les proportions était l’essence et le secret de la Drape Cut de Frederick Scholte.

Scholte ne m’a jamais fait un pantalon. Je n’aimais pas leur coupe. Dans la tradition anglaise, ils étaient faits pour être portés avec des bretelles, au-dessus de la taille naturelle. Or, j’ai toujours préféré porter mes pantalons à l’américaine, avec une ceinture plutôt qu’avec des bretelles, c’est pourquoi je faisais faire mes pantalons par un autre tailleur…

Il me paraît impossible de désigner l’homme le mieux habillé du monde ou même de s’aventurer à dresser une liste des dix hommes les mieux habillés. Il y a de nombreux styles différents que beaucoup d’hommes incarnent bien. Par ailleurs, les détails que l’on peut observer sur le costume d’un homme ne sont qu’une histoire de goût – des revers étroits ou larges ; un pantalon court ou plutôt long. À titre d’exemple, j’aime avoir quatre boutonnières aux manches de mes vestes, mais je n’ai pas de raison logique pour expliquer ce choix. Pourtant, il se dit qu’en mon temps j’ai influencé assez grandement la manière dont les hommes s’habillaient au point que l’on m’a attribué la paternité de certaines tendances. Ce n’était pas délibéré ; j’essayais simplement de m’habiller selon mes goûts."

Source: Keikari

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