Archives de Tag: made by hand

Passage en revue des différentes offres de costumes

FellowsNous vous proposons de passer en revue les différentes offres de costumes que l’on trouve aujourd’hui sur le marché. Précisons tout de suite que ce thème a déjà été traité avec justesse par d’autres blogueurs et que, dès lors, ce billet se veut complémentaire et en aucun cas concurrent. Notre seule ambition est de clarifier certaines choses pour nos lecteurs néophytes en la matière et si possible de leur permettre d’éviter de connaitre certaines déceptions.

Commençons par le prêt-à-porter, un qualificatif trompeur car un costume nécessite presque toujours des retouches. Au sein de l’offre de costumes en PàP, on distingue plusieurs gammes de prix qui sont déterminées notamment par deux critères. Le premier, le plus fondamental, est le cahier des charges ou plus grossièrement la « façon » qui comprend donc la construction (thermocollée, partiellement entoilée/semi-traditionnelle et entièrement entoilée/traditionnelle) ainsi que le niveau et le nombre de finitions manuelles (surpiqûres, rabattage de la doublure, montage des épaules, boutonnières, etc.). On comprend donc aisément que plus la façon est de qualité, plus la note va monter pour la simple et bonne raison qu’elle demande des employés plus qualifiés et un temps de travail plus important accordé à la réalisation du produit. Le second critère qui va impacter sensiblement le prix est tout simplement la griffe. Cela coule de source mais si vous achetez un costume que vous avez vu en publicité dans un magazine, le coût de cette publicité est en fin de compte à votre charge. Il en va de même pour le loyer du flagship luxueux dans lequel vous allez l’acheter. Cela n’est pas scandaleux, la vocation de toute société commerciale est de chercher à dégager des bénéfices, or plus les investissements sont importants plus il est nécessaire de marger pour y arriver. Et après tout, en achetant une marque plus qu’un produit, le consommateur cherche souvent à acquérir une appartenance sociale ou tout du moins à se rassurer car une marque c’est connu. L’essentiel est sans doute d’en avoir conscience.Ring JacketLe premier enseignement que nous pouvons tirer de ces développements est que la Maison qui fabrique est bien plus importante que celle qui vend.

En PàP, on distingue par ailleurs deux types d’offres. La première est celle des habilleurs ou tout du moins des Maisons qui au-delà de leur ligne directrice de base proposent des costumes dont la coupe suit plus ou moins la tendance (taille des revers, longueur de veste, montant du pantalon, plus ou moins près du corps) mais sans jamais tomber dans la caricature et par conséquent le risque de vendre un costume trop typé qui sera démodé la saison prochaine.Richard James

La seconde est celle des créateurs ou des Maisons qui se veulent résolument à la mode. Les costumes proposés sont parfois esthétiquement réussis et dans des étoffes intéressantes mais en plus d’être généralement overpriced, ils sont souvent bien trop typés pour pouvoir s’inscrire dans la durée. Ce n’est d’ailleurs absolument pas l’ambition de ces Maisons. À moins d’un sérieux coup de cœur, nous vous les déconseillons.Paul SmithPar ailleurs, à moins que vous ne soyez un consommateur avisé et que vous procédez aux retouches avec votre propre retoucheur, en PàP le vendeur sur lequel vous allez tomber aura son importance a fortiori si vous avez peu d’expérience en la matière. Un vendeur médiocre et peu précis ruinera à coup sûr votre expérience et sans doute votre allure si vous ne prenez pas les choses en main. En revanche, un vendeur qui sait vendre des pièces à manches saura rapidement vous aider à déterminer le costume qui convient à l’usage que vous souhaitez en faire. En bon connaisseur de ses produits, il déterminera rapidement la taille qui vous convient et préconisera dans la foulée les retouches qui s’imposent. Un bon vendeur connaîtra bien les aptitudes des retoucheurs avec lesquels il travaille et pourra donc, pour éviter des catastrophes, vous suggérer de passer par votre propre retoucheur pour certaines retouches un peu plus compliquées telles que l’affutage d’une manche par exemple (certains retoucheurs pour aller plus vite ne prennent pas le temps d’affuter aussi la doublure ce qui crée une sensation d’inconfort insigne). Néanmoins, gardez en tête qu’un vendeur aussi bon soit-il n’a pas vocation à jouer à la poupée ou à vous mettre la puce à l’oreille sur certaines petites imperfections comme des petits plis au niveau de l’épaule ou des fentes qui ouvrent un peu. Le PàP n’est pas pour ceux qui ont un niveau d’exigence irréaliste et les retouches si elles sont comprises dans le prix réduisent la marge.

En fin de compte, les costumes en PàP s’adressent à des hommes qui ont un physique plutôt dans la norme car dans la plupart des Maisons, la veste et le pantalon sont indissociables ce qui rend aussi bien les clients que les vendeurs prisonniers des drop (concordances de tailles définies entre le pantalon et la veste composant le complet). Les hommes très athlétiques, ayant un peu d’embonpoint ou trop fluets, très grands ou petits se tourneront plutôt vers la mesure pour obtenir un résultat satisfaisant. En revanche, si la coupe d’une Maison vous plaît et vous sied et que vous ne recherchez pas d’étoffes ou de détails sortant de l’ordinaire, un costume en PàP de bonne facture peut tout à fait faire l’affaire. Vous éviterez les délais et les déceptions qui sont parfois inhérentes à la mesure.

La mesure ou le sur-mesure : sans doute le terme le plus galvaudé et le plus trompeur du XXIe siècle. Précisons que  nous ne ferons pas de distinction entre la demi-mesure et le sur-mesure tellement les frontières sont poreuses. Partons du principe simple que dès lors que des cotes sont prises et que le vêtement est fabriqué/commandé pour le client, il s’agit d’un sur-mesure. Depuis un peu moins de dix ans, les offres de costumes sur-mesure n’ont cessé d’émerger et donc ce terme qui était jadis uniquement employé pour désigner l’offre des personnes ayant suivi une formation de tailleur n’engage aujourd’hui plus à grand-chose tant les gammes de prix sont vastes et les offres variées.Orazio LucianoUn costume sur mesure peut très bien être thermocollé. L’emploi du terme « sur-mesure » ne donne aucune garantie sur la qualité de la façon, il indique simplement que des cotes seront prises et que le vêtement sera vraisemblablement réalisé pour vous.

L’avantage du sur-mesure est que contrairement au PàP, vous pouvez choisir votre étoffe, la doublure et plusieurs spécificités et détails qui sont généralement les suivants (liste non exhaustive) :

-          Veste droite (1, 2 ou 3 boutons) ou croisée (6×2/6×3/6×1/4×2)

-          Pantalon avec (simple/double/françaises ou italiennes) ou sans pince

-          Choix du type de poches et de leur inclinaison/poches tickets

-          Choix des poches du pantalon

-          Nombre de boutonnières aux manches/choix des boutons

-          Nombre de fentes

-          Ceinture passants ou avec tirettes côtés

-          Type de revers

-          Couleur de fil pour les surpiqûres et les boutonnières (ton sur ton, SVP !)

En sur-mesure, quelle que soit l’offre, on part d’un patron existant qui est adapté à vos cotes et à vos desiderata lorsque cela est possible (largeur des rabats de poches, largeur des revers, etc.).

Comme pour le PàP, il y a différentes gammes de prix (entre 400€ et 2 000€) en sur-mesure qui diffèrent en fonction des mêmes critères : la façon, l’étoffe et la griffe. Concernant la griffe, certaines Megabrands proposent en effet des offres sur-mesure en partant généralement des patronages qu’elles utilisent en PàP. Disons le très clairement, ces offres n’ont pas grand intérêt car vous allez là encore surpayer ce vous allez acheter or comme on a coutume de dire : « Le prix c’est ce que tu paies, la valeur c’est ce que tu as. ». Mais si un nom vous rassure, libre à vous.

Par ailleurs, certaines Maisons à l’instar de Scavini Tailleur travaillent avec plusieurs façonniers de manière à proposer différentes gammes de prix et différents niveaux de construction et de finition.

Quand vous choisissez une Maison pour un costume sur mesure la démarche est assez similaire à celle que vous devez adopter avant d’acheter un costume en PàP. En effet, il convient d’observer le style et la coupe que propose cette Maison, mais aussi de bien comprendre son offre. À ce titre, le facteur le plus décisif sera sans doute la relation que vous allez avoir avec le professionnel qui va se trouver face à vous. Il n’est pas nécessaire qu’il ait suivi une formation de tailleur pour être compétent car quoi qu’il en soit ce n’est pas lui qui va confectionner le costume. Néanmoins, vous devez vous poser certaines questions : a-t-il bien cerné vos attentes ? Les étoffes qu’il vous propose sont-elles pertinentes ? A-t-il la possibilité d’ajuster légèrement son patronage pour vous satisfaire davantage ? Est-il lui-même élégant ? Est-il en mesure de vous faire essayer des modèles ? À quoi ressemblent les clients qui sortent de chez lui ? Souhaite-t-il boucler l’affaire le plus rapidement possible (la réponse est toujours oui, mais vous le fait-il sentir ou prend-il le temps) ?  Ces choses simples vous permettent de vous faire une idée plus précise de l’endroit où vous mettez les pieds.

Une fois la commande effectuée, c’est le moment de l’attente. Les délais peuvent varier selon les Maisons et se situent généralement entre 10 jours pour les plus rapides et 6 semaines pour les plus lents. En principe, pour un costume sur mesure, deux essayages sont nécessaires : l’essayage intermédiaire qui permet de procéder aux ajustements et l’essayage final qui permet de s’assurer que ces ajustements ont été réalisés correctement. L’essayage intermédiaire est crucial car il vous permet d’évaluer concrètement les talents de l’habilleur. En effet, même s’il y a toujours une petite marge d’erreur, c’est à ce moment-là que vous pourrez observer si les mesures ont été correctement prises : même s’il n’est pas là pour jouer à la poupée, est-il prompt à effectuer des ajustements nécessaires ou tente-t-il d’en faire le moins possible (là encore, les retouchent diminuent la marge) et de noyer le poisson en vous assurant que le pli de col que vous apercevez distinctement n’est que le fruit de votre imagination?

Plus encore que le vendeur en PàP qui est prisonnier des produits à sa disposition, l’habilleur en sur-mesure joue un rôle de conseil déterminant notamment pour les néophytes.

Le sur-mesure s’adresse aux hommes qui ne trouvent pas leur bonheur en PàP pour des raisons multiples : physique non conforme aux standards du PàP, recherche d’une coupe ou de détails précis, d’un choix de matières plus important. Il est clair qu’aujourd’hui de plus en plus d’hommes sont tentés par le sur-mesure tant la différence de prix avec un PàP de qualité est mineure. Néanmoins, qui dit plus de choix dit aussi plus de risques d’erreur. Il convient donc de bien se renseigner en amont afin d’éviter de cruelles désillusions. Pour des physiques « classiques », un bon patronage de PàP avec les retouches adéquates est préférable à une offre « mesure » vaseuse…

Évoquons enfin brièvement la Grande Mesure dont la caractéristique fondamentale est la réalisation d’un patron spécialement pour vous. En Grande Mesure, les prix peuvent varier assez sensiblement selon les Maisons/artisans de 2 200€ à 7 000€. En principe, la Grande Mesure se caractérise aussi par un nombre de finitions manuelles que l’on ne retrouve que très rarement ailleurs : montage des épaules à la main, doublure rabattues main, boutonnières faites à la main, etc. Néanmoins, cela varie selon les Maisons. En effet les costumes des maisons du Row présentent généralement beaucoup moins de finitions manuelles que ceux des tailleurs italiens et quant aux maisons françaises, elles ont la réputation d’avoir un niveau de finition encore supérieur à ce qui se fait en Italie (on pense notamment aux intérieurs de veste).Boutonnière CifonelliUn costume en grande mesure implique au-delà de la prise de mesures initiale au grand minimum trois essayages et plus généralement un service sans comparaison avec ce que vous connaîtrez ailleurs. Même si la grande mesure garantit la réalisation d’un patron spécifique à votre personne, il faut souligner que chaque maison/tailleur a son style. Dès lors, il est assez malvenu de se rendre par exemple chez Anderson & Sheppard dans le but de demander un bas de veste très arrondi tel que le propose Liverano. Il est donc nécessaire d’observer de manière assez précise les caractéristiques du style de chaque maison avant de se lancer. Vous ne pourrez pas obtenir une Ferrari en allant chez Range Rover et inversement.

LiveranoEn outre, ce serait une erreur de penser que la Grande Mesure va régler vos problèmes et vous transformer comme par magie en élégant. Les choses ne sont pas si simples, on voit parfois des gens habillés en grande mesure dont les costumes sont techniquement très bien faits mais qui ne ressemblent à rien. Au risque d’enfoncer une porte ouverte, le goût ne s’achète pas.BNTAILOREn résumé, la Grande Mesure (réussie) s’adresse avant tout à des hommes avertis et patients (les délais sont de plusieurs mois) qui souhaitent des choses spécifiques et qui attachent une extrême importance à la qualité de la façon, aux finitions et à l’ajustement au corps.

Un commentaire

Classé dans Réflexions / Sartorial Thoughts

Du nouveau chez Profilo Italiano

Profilo Italiano

Nous vous avions présenté il y a quelques temps déjà cet endroit assez incroyable, situé rue du Cherche-Midi et tenu par le charmant Beppe. Force est de constater que l’offre de ce dernier est des plus intéressantes pour les amateurs de beaux produits que nous sommes.

Cardigan en maille 250€

Cardigan en maille 250€

Ceintures en laine tressée 75€

Ceintures en laine tressée 75€

En effet, au delà des pièces toujours pertinentes dont il dispose en PàP à des prix très placés, Beppe a considérablement développé son offre sur-mesure. Il propose notamment des vestes (540€) et des costumes (2 pièces 850€) en semi traditionnel ainsi que des pantalons (190€) et des manteaux (800€) confectionnés par Lubiam en Italie avec des possibilités de personnalisation intéressantes et qui arrivent sous dix à quinze jours en France, ce qui est toujours un sérieux atout pour les plus impatients d’entre nous.

Manteau Croisé Laine et Cashmere PàP 560€

Manteau Croisé Laine et Cashmere PàP 560€

Par ailleurs, il propose depuis quelques mois une offre de chemise sur-mesure de fabrication italienne à 150€ pour la majeure partie des étoffes et 200€ pour les plus luxueuses. Les délais de livraison sont là aussi très corrects: une dizaine de jours. Cette offre que nous avons eu l’occasion de tester a été saluée par notre confrère et ami Dirnelli comme étant sans doute le meilleur rapport qualité/prix en la matière dans ce billet aussi exhaustif qu’instructif.

Brogue semelle Extralight 190€

Brogue semelle Extralight 190€

Enfin, Beppe propose depuis peu des cravates sur-mesure fabriquées entièrement à la main en Italie au rapport qualité/prix là encore incroyable. Jugez plutôt: Cashmere sept plis pour  125 € / Soie ou Laine sept plis pour 90€. Le choix des étoffes est qui plus est impressionnant. Tie Fabrics TiesAu risque de nous répéter, nous ne pouvons qu’inciter les rares parmi vous qui ne connaissent pas encore Beppe à lui rendre visite afin de pouvoir apprécier concrètement la qualité de sa sélection et de son offre qui est quasi unique à Paris.

Poster un commentaire

Classé dans Marques / Brands

Entretien avec Tony Gaziano, cofondateur de Gaziano & Girling

Voici la traduction de l’interview de Tony Gaziano précédemment publiée en anglais.

English version.

Tony Gaziano

FTDF : Pourriez-vous nous présenter votre parcours ?

Tony Gaziano : J’ai découvert le design au cours de mes études d’architecture. Devenir architecte ne faisait pas partie de mes projets et donc dès l’âge de vingt ans, j’ai commencé à dessiner des chaussures pour Cheaney, un fabricant. Mon travail consistait à dessiner pour des marques faisant du private label telles que Paul Smith ou Jeffrey West. J’ai donc dessiné des modèles et créé des lignes pour eux pendant plusieurs années. Je n’avais aucune compétence technique concernant la fabrication d’une chaussure à l’époque.

J’ai ensuite travaillé pour Edward Green pendant un peu plus de deux ans. Je travaillais sur des chaussures plus classiques et intemporelles plutôt que sur des modèles suivant la mode et les tendances comme je le faisais précédemment. C’est au cours de cette période que j’ai commencé à m’intéresser vraiment à la fabrication d’une chaussure et aux opérations manuelles qu’elle suscitait.

C’est en suivant cet intérêt nouveau que je me suis retrouvé à travailler chez Georges Cleverley chez qui j’ai officié pendant sept ans. J’ai commencé en tant qu’apprenti avant de devenir manager de l’atelier sur mesure où étaient réalisées des opérations telles la création de la forme en bois, le patronage, la découpe du cuir et la réalisation de la tige. C’est à cette époque que j’ai rencontré mon associé actuel Dean Girling. Il y a quinze ans bien que nous travaillions déjà ensemble, nous n’imaginions pas que nous allions un jour créer une marque fabriquée dans notre propre usine.Oxfords G&G

Alors que j’étais encore chez Cleverley, Edward Green m’a recontacté afin que je reprenne en main le design. J’ai accepté à condition de pouvoir développer le concept du sur mesure pour Edward Green. J’ai donc passé deux ans à mettre cela en place jusqu’à ce qu’en 2006 Dean me persuade de quitter Green afin de monter notre propre affaire.

En outre, j’ai au cours de ces périodes travaillé assez fréquemment en free-lance pour des Maisons telles que Ralph Lauren.

FTDF : Quel regard portez-vous sur votre passage chez Edward Green ?

TG : Je garde d’excellents souvenirs de mes deux passages chez eux. Edward Green est ma deuxième Maison. Lorsque j’y travaillais, l’idée de les quitter ne me traversait même pas l’esprit. Ils ont sans doute quelques griefs envers moi aujourd’hui, mais j’ai toujours autant d’affection pour cette marque. Je pense qu’avec nous, ils fabriquent toujours les meilleures chaussures d’Angleterre. Ce sont des chaussures très bien faites, très bien équilibrées.

Quitter cette Maison m’a fait mal au cœur, mais en termes de design, il fallait que je m’émancipe et malheureusement l’identité très classique d’Edward Green ne me le permettait pas.Lapo Evening G&G

FTDF : Vous étiez bottier mais vous avez créé une marque de prêt-à-chausser…

TG : Durant mon passage chez Green, j’ai acquis une expérience assez profonde du fonctionnement d’une unité de production industrielle. Du fait de mes différentes expériences dans la mesure et dans le prêt-à-chausser, j’ai été en mesure de joindre plusieurs aspects du métier ce qui est rare en Angleterre car la frontière a tendance à être très hermétique entre le bottier de Londres et le fabricant que Northampton. Personne ne la franchissait ; nous avons été les premiers à faire réaliser industriellement une chaussure ayant la ligne d’une mesure. À ce titre, les gens font d’ailleurs le rapport entre notre nom Italo-Anglais et notre style assez contemporain qui s’appuie sur la qualité d’une fabrication anglaise mais avec un design plus racé. Il ne s’agit pas de faire des choses extravagantes pour se démarquer volontairement mais juste de faire des chaussures aux lignes un peu plus travaillées afin d’inciter les gens à être un peu moins timides dans leurs choix.Hayes G&G

FTDF : En tant que bottier, vous êtes-vous senti contraint de créer une marque de prêt-à-chausser pour vivre convenablement ?

TG : Au départ nous ne devions faire que la mesure, néanmoins la mesure concerne de plus en plus une clientèle de niche et la production industrielle permet désormais de fabriquer d’excellentes chaussures. Dean et moi pouvons sans problème réaliser une paire à nous deux et vraisemblablement en ne faisant que de la mesure nous aurions sans doute pu vivre assez correctement. Nos premiers pas en industriel ne devaient être en principe que des tests, mais une fois lancés dans l’aventure nous nous sommes laissé prendre au jeu.Double Monk G&G

FTDF : Vous êtes un artisan, vous êtes-vous aisément adapté aux aléas de la production industrielle ?

TG : Non, très difficilement, regardez tous les cheveux blancs que j’ai ! Plus sérieusement, il est assez compliqué de créer une unité de production qui tienne la route de nos jours, car la plupart des machines que nous utilisons datent des années 30 ou 40. Et au-delà de la difficulté à trouver ces machines, il faut ensuite trouver des personnes à même de les utiliser correctement. Les machines en question sont des machines de première génération qui avaient pour but de réaliser une opération jadis faite manuellement, il ne s’agit pas de presser de un bouton et d’attendre que ça se passe, il y a des leviers et des subtilités à connaitre pour en faire bon usage.Wingtip G&G

Aujourd’hui, nous avons notre propre unité de production et tous nos employés sont des passionnés mais lorsque nous avons débuté, nous faisions fabriquer nos chaussures par des gens qui n’avaient pas la même passion que nous et qui se contentaient volontiers d’un cahier des charges moins exigeant. Cela rendait les choses compliquées, c’est pourquoi nous avons mis au point notre propre usine.

FTDF : Qu’est-ce qui caractérise la marque Gaziano & Girling ?

TG : Notre volonté principale est de proposer en prêt-à-chausser une chaussure ayant l’allure d’une mesure. C’est la base de notre projet. Certains ont pensé que nous souhaitions produire une chaussure hybride à la fois italienne et anglaise mais ça n’a jamais été notre intention. On souhaitait proposer la mesure de Londres en prêt-à-chausser, pour que les gens y aient accès sans que cela ne soit réalisé spécifiquement pour eux.

FTDF : Votre marque est jeune mais compte déjà une base de clients très fidèles. Qu’est-ce qui pousse les amateurs de chaussures vers Gaziano & Girling?

TG : Je pense que nous avons eu pas mal de chance car nous avons lancé notre marque au moment où les blogs et les forums sur le sujet ont commencé à vraiment prendre de l’ampleur.

Par ailleurs, en regardant le produit les gens voient tout de suite la qualité, les lignes et la passion qui a été mise au service de sa production. Qu’il s’agisse d’amateurs de souliers ou de gens un peu moins avertis, ils sont d’une manière générale saisis par le produit et sa réalisation.Lapo G&G

La majeure partie de nos clients jusqu’ici se compose de gens avertis et connaisseurs en matière de souliers, mais nous réalisons des chaussures suffisamment belles pour attirer de nouveaux clients qui pour certains découvrent pour la première fois le goodyear.

La tendance récente qui fait que les gens semblent reprendre plaisir à s’habiller d’une manière un peu plus formelle nous est aussi favorable.

Notre succès récompense tous les efforts que l’on consent pour réaliser chaque paire. On ne triche pas, on ne fait pas de compromis. Tout est fait dans les règles de l’art. Les gens qui avaient pour habitude de payer très cher des produits d’une qualité moyenne proposés par de grandes Maisons de Mode voient aisément la différence.Tassel G&G

FTDF : Êtes-vous plutôt du genre à rejeter la tendance ou à vous y conformer ?

TG : Je rejette généralement la tendance. J’aime les choses intemporelles. La tendance correspond généralement à des gens plus jeunes que moi.

FTDF : Vous êtes présenté comme la figure emblématique de la marque ; que pouvez-vous nous dire de Dean Girling, votre associé ?

TG : Dean est un peu l’homme de l’ombre, très axé sur le côté technique. Il est obsédé par la qualité. C’est le pire ennemi de notre usine ! Il a une immense maîtrise technique, il connait sur le bout des doigts le processus de fabrication d’une chaussure. S’il y a un problème technique avec un modèle, c’est lui qui va trouver la solution. Nous sommes complémentaires, il me laisse créer et je le laisse veiller à ce que la réalisation optimale.Gaziano & Girling

FTDF : Vous êtes réputé pour votre bout carré, est-ce une sorte d’hommage aux grands bottiers du passé Nikaulos Tuczek et Cleverley ?

TG : On peut dire ça. En effet, mon bottier favori est Anthony Cleverley qui était d’après moi plus talentueux que George Cleverley. C’est lors de mon passage chez Cleverley que je suis tombé sous le charme de ses réalisations dont je me suis beaucoup inspiré notamment pour la Deco Line.Bespoke G&G

FTDF : Quelles sont les différences entre la ligne Bench Made et la ligne Deco ?

TG : Nous effectuons d’avantage d’opérations manuelles pour réaliser une paire de la Deco Line. Néanmoins, nous utilisons les mêmes peaux, habituellement réservées à la mesure, et plus généralement les mêmes matériaux pour les deux lignes. Il y a simplement beaucoup plus d’opérations manuelles pour fabriquer une Deco. En outre, les designs de la Deco Line sont plus travaillés, plus pensés. Ce n’est sans doute pas du goût de tout le monde et certains trouvent sans doute ces lignes trop racées. Mais la Deco Line est plus inspirée par les années 20 au contraire des choses plus traditionnelles qui découlent généralement de ce qui se faisait dans les années 40 et 50.Deco-sole

FTDF : Êtes-vous d’accord pour dire que la Deco Line est en prêt-à-chausser ce qui se rapproche le plus de la mesure ?

TG : Tout à fait, c’est ma conviction.Holden Deco Line

FTDF : Où voyez-vous Gaziano & Girling dans cinq ans ?

TG : Je souhaiterais que nous ayons au moins trois magasins en nom propre : un à Londres, un à Paris et un à New York. Le défi est aussi de maintenir notre exigence de qualité tout en faisant prendre de l’ampleur à la marque. Or, si on souhaite produire plus, il faudra d’avantage d’ouvriers ce qui implique beaucoup de formation, c’est un procédé assez long. On ne souhaite pas devenir un géant mondial mais on souhaite se développer tout en maintenant notre philosophie et sans que cela ne pénalise la qualité de notre production. C’est le défi qui se présente à nous.

Nous souhaitons remercier Tony Gaziano pour sa gentillesse et son savoir. Nous remercions aussi Marc Fass, propriétaire de la boutique Calceom qui a permis la réalisation de cet entretien.

Paris, Novembre 2012. Tous droits réservés.

4 Commentaires

Classé dans Interviews exclusives

Insight from the Duke of Windsor

Windsor

"From 1919 until 1959 –- a space of forty years -– my principal tailor in London was Scholte. It is a firm which, alas, no longer exists…[Scholte] once told me that as a young man he had had to serve ten years of arduous apprenticeship before he was allowed to cut a suit for a client. He had the strictest ideas as to how a gentleman should and should not be dressed…he disapproved strongly of any form of exaggeration in the style of the coat…As befitted an artist and craftsman, Scholte had rigid standards concerning the perfect balance of proportions between shoulders and waist in the cut of a coat to clothe the masculine torso. Fruity [Metcalfe] who, for all his discretion of costume was always ready for some experiment, had sinned by demanding wider shoulders and a narrower waist. Thus, for some time, he was excluded from Scholte’s sacred precints. These peculiar proportions were Scholte’s secret formula.

I never had a pair of trousers made by Scholte. I disliked his cut of them; the were made, as English trousers usually are, to be worn with braces high above the waist. So, preferring as I did to wear a belt rather than braces with trousers, in the American style, I invariably had them made by another tailor… It is impossible to name, seriously, the best-dressed or even the ten best-dressed men in the world. There are different styles, and certain men who wear each of them well. The details of a man’s costume are a matter of individual taste – whether his lapels be broad or narrow or his trousers long or short. I prefer four buttons on my coat sleeves, for example, but I cannot give any logical reason why I do. Yet I am credited with having influenced styles in my time. It was quite unconscious; I have always tried to dress to my own individual taste."

" Frederick Scholte a été mon tailleur pendant près de quarante ans. Il m’a indiqué qu’il avait dû apprendre le métier pendant dix ans avant d’avoir l’autorisation de couper un costume pour un client. Il avait une vision très stricte de la manière dont devait s’habiller un gentleman. Son goût pour l’excentricité et l’exagération était très modéré. Sa conception des proportions d’une veste s’agissant notamment du rapport entre la longueur de la tête d’épaule et le cintrage de la taille était aussi précise qu’arrêtée. Fruity Metcalfe, un client pourtant avisé en matière de costumes, s’était vu déclaré persona non grata par Scholte pour avoir eu l’insigne maladresse de demander une tête d’épaule plus longue et une taille plus marquée. Cette intransigeance sur les proportions était l’essence et le secret de la Drape Cut de Frederick Scholte.

Scholte ne m’a jamais fait un pantalon. Je n’aimais pas leur coupe. Dans la tradition anglaise, ils étaient faits pour être portés avec des bretelles, au-dessus de la taille naturelle. Or, j’ai toujours préféré porter mes pantalons à l’américaine, avec une ceinture plutôt qu’avec des bretelles, c’est pourquoi je faisais faire mes pantalons par un autre tailleur…

Il me paraît impossible de désigner l’homme le mieux habillé du monde ou même de s’aventurer à dresser une liste des dix hommes les mieux habillés. Il y a de nombreux styles différents que beaucoup d’hommes incarnent bien. Par ailleurs, les détails que l’on peut observer sur le costume d’un homme ne sont qu’une histoire de goût – des revers étroits ou larges ; un pantalon court ou plutôt long. À titre d’exemple, j’aime avoir quatre boutonnières aux manches de mes vestes, mais je n’ai pas de raison logique pour expliquer ce choix. Pourtant, il se dit qu’en mon temps j’ai influencé assez grandement la manière dont les hommes s’habillaient au point que l’on m’a attribué la paternité de certaines tendances. Ce n’était pas délibéré ; j’essayais simplement de m’habiller selon mes goûts."

Source: Keikari

Poster un commentaire

Classé dans Réflexions / Sartorial Thoughts

Interview with Tony Gaziano, master shoemaker and co-founder of Gaziano & Girling

We are proud to present to you an interview with Tony Gaziano, renowned bespoke shoemaker and co-founder of Gaziano & Girling.

Lire l’interview en français.

Tony Gaziano

FTDF: Can you tell us about the different steps of your career and your background?

Tony Gaziano: Originally I was trained up to be an architect. That is how I first got acquainted with design. But I quickly decided that I was not interested in becoming an architect. I went into design of shoes and when I was about twenty I started working for a company called Cheaney. Most of the work I did for them was some subcontracted work for fashion brands such as Jeffrey West and Paul Smith. I worked there for several years mostly on design, I didn’t have any practical shoebuilding, it was all just drawing and range building.

After a while, I left and went to work for Edward Green. I started working on more classical footwear rather than the fashion houses. It gave me a deeper knowledge of the product, it was more about quality than fashion and seasonal runs. I worked there for two or three years and learned a little bit about handmaking but I decided I wanted to go deeper into it so I went to work for Cleverley. I have worked for George Cleverley for about seven years, first as an apprentice and then I managed the bespoke workshops which involved last making, designing, cutting the leather, stitching the uppers together and that’s where I met my partner Dean Girling. He was a subcontracted outworker craftsman and I was the craftsman that worked in house. That was fifteen years ago, we started working together but we didn’t have the intention of opening up our own company.Oxfords G&G

I was then contacted by the present owner of Edward Green who asked me to come back from Cleverley to design for the brand. The condition was that I wanted to set up a bespoke setup for Edward Green. So I spent basically the next two years creating a bespoke service for Edward Green.

Then, in 2006, Dean persuaded me to leave Edward Green in order to start up our own company. When we left, the bespoke service of Edward Green stopped and they introduced their Top Drawer range which I still think they are doing today.

In the mist of all that, I’ve done a lot of subcontracted design for brands such as Ralph Lauren and a few other fashion houses as well.

That’s it… Anything more would bore you!

FTDF: How do you reflect on the time you have spent at Edward Green?

TG: When I worked for Edward Green, I had no intention of leaving. I have worked for them twice so it is almost like my second home; I loved the time that I spent there. They are not particularly happy with me now but I still have a lot of affection for this company. Alongside us I think they make the best shoes in the country. Very well made structured shoe. It broke my heart to leave Edward Green but the boundaries were too strict, too classical for me, I needed to be able to create my own identity which is the reason why I left.Lapo Evening G&G

FTDF: You were a shoemaker but you launched a RTW brand…

TG: Thanks to my time at Edward Green, I had a vast experience on the manufacturing side as well and developing and designing lines of shoes. Unintentionally I was lucky enough to have probably the broadest experience in the country because in England you are either a London bespoke shoemaker or you are a Northampton shoe manufacturer. Nobody crossed over; we were the first people to bring a bespoke looking London shoe to the manufacturing side. There is a lot of symmetries with our business. People connect the Italian/English name to that contemporary style of shoes that we have which is English structure but with a little bit of a twist. It is not out there design but it is enough to get people to come out a little bit of their shell and to get more adventurous with their shoes.Hayes G&G

FTDF: Do you feel that a shoemaker has to go into RTW in order to get by. Did you feel you were bound to launch a RTW brand in order to make a living?

TG: When we started the company we were going to purely do bespoke, however RTW is getting better and the bespoke market is becoming more of a niche. Dean and I can make a shoe between us so we could have just stayed me designing, pattern cutting, closing and Dean making. We would have made a very nice living but we ventured into RTW as an experiment and once you started and the ball is rolling you have to roll with it.Double Monk G&G

FTDF: Being a craftsman how did you manage to cope with the hazards of industrial production?

TG: Very difficultly, look how grey I am! On a more serious note, building a factory today is very difficult because 90% of our machinery comes from the 1930’s/1940’s. Moreover it is not only finding the machinery that works but also finding the operatives who can use it. These days, people see in black and white: shoes are either made by machine or they are made by hand. But there is a middle area where there are machines, first generation of machines that were created to replace handmaking that are almost as skillful in themselves as making by hand. It is not about pressing a button, these machines are all levers, very mechanical.Wingtip G&G

Nowadays we have our own factory where everybody is a shoe geek but when we started, we had to work with other people who did not share our passion because they used to make a lower grade product. That is why setting up our own factory was really crucial.

FTDF: What are the specificities of Gaziano & Girling as a brand?

TG: If I had to sum it up, I would say that our drive was to manufacture a bespoke looking readymade shoe. That was the key. People thought that our intention was to make a shoe that was half continental, half English but that was not the intention. We wanted to bring the London bespoke world into readymade shoemaking and to be able to create a service where people could be able to buy that aesthetic without having to have it made for them.

FTDF: Your brand is young but has a very loyal following. What do you think attracts people to it?

TG: I think we were fortunate to hit the time when many forums and blogs exploded, that was lucky. Also when people look at the shoes, even if they can’t explain it, they see the quality, the lines, the passion that was put into it. Some people can talk about it forever, some people can’t but they can still see and feel the difference.Lapo G&G

Most of our customers up to now have been people who are passionate about shoes but we are making a good looking enough shoe which attracts new customers who were probably not into the welted trade before. These days, there is a luxury brand explosion and everybody seems to enjoy dressing again. In that way, we are a little bit lucky but also we are rewarded of all the attention and hard work we put in our shoes. We don’t cut any corners. Everything is done the way it should be done. Nowadays because of commercial fashion brands and people spending a lot of money on something that is not worth, they really understand when they see something that is.Tassel G&G

FTDF: Do you reject trends or do you embrace them?

TG: I kind of reject trends. I like timeless. Trends are for younger people than me.

FTDF: You are the figure of the brand, can you tell us about your partner Dean Girling?

TG: Dean is more the mechanical side. He is a little bit crazy with quality; he is our factory worst enemy! He has tremendous technical knowledge about shoes, he understands the mechanics of the shoes. If something is not right, he can walk into the factory and put it right. He lets me create, I let him maintain.Gaziano & Girling

FTDF: You are famous for you square toe, is it some sort of tribute to the masters shoemaker of the past Nikolaus Tuczek and Cleverley?

TG: A little bit. My favorite shoemaker was definitely Anthony Cleverley, whom I think was younger, and sharper than George Cleverley. During my time at Cleverley I fell in love with his shoes. Much of my inspiration comes from there, especially the Deco Line.Bespoke G&G

FTDF: What are the differences between the Deco Line and the Bench Made Line?

TG: In a nutshell, there is simply more handwork. For instance, we have to handcurve the waist. However, we use bespoke leathers for everything so quality wise  everything is on the same levels in regards to materials but there is a lot more handwork for the Deco Line. Also there was a lot more attention to the design aesthetic of the Deco. It is not to everybody’s taste, it is a little bit sharp for a lot of people but for us it is a special Line which in a way represents the 1920’s as opposed to the more traditional stuff which is inspired for the 1940’s and 1950’s.Deco-sole

FTDF: Would you agree that the Deco is the closest you could get to a bespoke shoe in RTW?

TG: I definitely think so.Holden Deco Line

FTDF: Where do you see Gaziano & Girling as a brand in five to ten years?

TG: I would like to have at least three shops, one in London, one in Paris and one in NYC. Moreover, the quality has to grow as the company grows. We cannot increase the production without increasing the number of craftsmen. It is a long process, it means lots of training. We don’t want to take over the world, but we want to get bigger while maintaining our philosophy and quality standards. It will be hard but it can be done.

We would like to thank Tony Gaziano for his kindness and his wit. We also would like to thank Marc Fass, owner of Calceom, who made this interview happen.

Paris, November 2012. All rights reserved.

3 Commentaires

Classé dans Interviews in English