Le sweatshirt

S’il est une pièce iconique du vestiaire casual masculin qui revient particulièrement en force en ce moment au sein des collections, c’est bien le sweatshirt. Simple, confortable et très utile, il s’utilise d’abord dans un cadre sportif mais avant les années 70/80, il n’était pas rare de le voir porter avec une paire de derby ou de penny loafers, et un pantalon à pinces!Arkansas_cardinals_football_1909

Comme à notre habitude, nous allons revenir sur l’histoire de ce vêtement avant de vous proposer une petite sélection.

Nous l’avons vu à de nombreuses reprises, certaines pièces du menswear ont des origines assez floues, et plusieurs marques se disputent leur héritage. Le sweatshirt ne fait pas exception et il est bien difficile de départager Russell Athletic et Champion (Knickerbocker Knitting Company) quant à la création du premier sweatshirt.1968-guy

Russell Athletic est un fabricant de vêtements américains créé au début du 20ième siècle en Alabama par Benjamin Russell. Plutôt spécialisée dans le sous-vêtement, l’entreprise s’est développée de manière assez considérable devenant, vers 1915 un acteur économique majeur de la région. C’est dans les années 20 qu’aurait germé l’idée du sweatshirt. En effet, le fils de Russell, joueur universitaire de football américain, fait part à son père combien les tricots de laine en vogue à l’époque n’étaient pas pratiques pour les joueurs en sueur après leur match ou entrainement. Ben Junior conseilla à son père de modifier le haut d’un uniforme syndical, fabriqué en coton épais, afin d’obtenir un haut loose, confortable et dépourvu de col. Ben Russell se lance alors dans la fabrication des premiers sweat en coton (sweat, sueur en anglais) qui connaissent un succès immédiat. L’entreprise Russell Athletic fabrique encore des sweatshirts aujourd’hui, mais plus aux Etats-Unis.1931-sweet

De son côté, la Knickerbocker Knitting Company – dont nous avions parlé à propos de la création du flocage au sein d’un article consacré à des pièces vintage – développe divers brevets à partir de la fin des années 1910 afin d’améliorer les vêtements sportifs. Ainsi, le reverse weave (« tissage inversé ») va permettre d’améliorer considérablement les sweatshirts en leur conférant une grande solidité. KKC lance également des jerseys de football américain et les premiers hoodies (sweat à capuche).CollegeSweatersA1uncle_frank_sweatshirt

Même si le sweatshirt connut un succès immédiat et durable, porté entre autres par les sportifs et les militaires, il ne devint vraiment « tendance » qu’à partir des années 60 grâce, notamment, au film La Grande Evasion avec l’inévitable Steve McQueen qui le porte à merveille avec sa flight jacket A2. Sur les campus américains, les étudiants le portent alors généralement floqué aux lettres de leur club ou de leur université (à la manière des varsity jackets) avec une chemise en oxford, un pantalon en laine, une paire de bluchers ou de loafers, et le sweatshirt est alors une pièce iconique du style Ivy. Qu’il s’agisse du simple sweatshirt ou de son pendant à capuche, le hoodie, le succès de ce vêtement ne se dément pas, et si les rappeurs notamment américains se le sont appropriés au cours des années 80/90, il revient aujourd’hui sur le devant de la scène menswear par le biais de marques dont certaines sont extrêmement pointues et proposent des sweat très bien réalisés.the great escapenewman_gettyDe fait quasi toutes les marques masculines tendent à inclure dans leur collection une déclinaison de ce basique.

A défaut d’établir une liste exhaustive indigeste, nous vous suggérons cependant quelques marques dignes d’intérêt qui proposent des sweatshirts qui tiennent la route.

Champion, la ligne classique est toujours abordable et convenable. Au delà des vintages made in USA qu’il est toujours possible de trouver, on peut aussi se tourner vers les collaborations de la marque avec Todd Snyder et Nanamica.Champion 1Todd Snyder Nanamica

Loopwheeler, sans doute le meilleur rapport qualité prix du marché proposé par ce fabricant spécialiste japonais.Loopwheeler

Reigning Champ, un très bon spécialiste canadien.Reigning Champ

Buzz Rickson’s, spécialiste japonais de reproduction militaire qu’on ne présente plus.

Buzz AF

 The Real McCoy’s et Joe McCoy, les clones un peu plus chers de Buzz.McCoy

John Elliott + Co, marque basée à Los Angeles portant le nom de son designer qui propose des basiques revisités à la silhouette modernisée (manches très ajustées, zip latéraux favorisant le reverse layering). Une marque qui a conquis un des fondateurs de ce blog depuis ses débuts en 2012. JE

BEAUBIEN, une boutique à connaître

BEAUBIEN

En ce dimanche de printemps, petit coup de projecteur sur BEAUBIEN: une boutique parisienne située 21, rue Notre Dame de Nazareth dans le 3ème arrondissement que certains connaissent déjà et que les autres gagneront à connaître.

Installée à Paris depuis avril 2013, la boutique pensée et créée par Julien Bouzereau propose une sélection exigeante et pertinente de PàP masculin et d’accessoires.

En effet, on y trouve des produits authentiques tels que des casquettes Ebbets Field Flannels; les parkas et les sweatshirts Battenwear; les buttondown en Oxford de Gitman Vintage; les excellentes chemises chambray et western d’Orslow (une très bonne marque japonaise qui aurait mérité de figurer dans notre sélection); les pulls made in France Le Mont St Michel et les produits de This is not a polo shirt, la seconde ligne des créateurs de Band Of Outsiders. Tout cela mérite vraiment le coup d’œil à Paris ou en ligne via l’e-store de la boutique lancé il y a peu.
Battenwear Flannel Battenwear Parka Battenwear Sweat Dana Lee Leisure EFF NY Le Mont St Michel Melange Orslow Western TINAPS Polo

 

La Varsity Letter

Nous avons à plusieurs reprises abordé le style universitaire américain, que ce soit à travers des articles ou des interviews traitant du style Ivy League ou encore du style Preppy. Aujourd’hui, nous vous proposons un gros plan sur la Varsity Letter, élément typique de ce style et repris aujourd’hui par de nombreuses marques.letter cardigan

Au départ, cette grosse initiale placée généralement sur un pull, un cardigan ou un jersey (on parle de letterman sweater), est une manière de distinguer les équipes de sport des différentes universités américaines comme Princeton ou Harvard. L’équipe de baseball de cette dernière arbore fièrement un H en style « old english » sur ses chemises en flanelle dès 1865. Elle sera suivie par l’équipe de football américain.

Harvard archivesRapidement, la pratique va conférer un rôle de récompense à la varsity letter. En effet, le capitaine de l’équipe attribuait une lettre aux joueurs ayant participé à de nombreuses rencontres ou aux plus importantes. A la fin de la saison, si un joueur n’avait pas assez joué, il se devait de porter sa veste retournée afin qu’on ne voit pas la lettre.letter cardigan 4

Dehen1920

Archive de Dehen1920

Ainsi, la tradition des varsity letters répond à certains codes. Originalement, elles étaient fabriquées en tissu chenille – on parle donc de chenille letter aux Etats-Unis, du nom de la technique particulière de tissage – et en feutre et devaient mesurer entre 4 et 8 inches, en fonction du grade de l’étudiant (junior ou senior).chenille-letter-01

Placée sur un pull, la varsity letter doit être centrée sur la poitrine. Sur un cardigan, elle est située sur la gauche. D’autres attributs viennent également s’ajouter au monogramme: les bandes sur la manche gauche correspondent au nombre de lettres remportées par un étudiant; une étoile vient identifier les capitaines d’équipes.VarsitySweater4

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Archive de Dehen1920 – 1960’s (on remarque les bandes sur la manche gauche)

La varsity letter sera adoptée par de nombreux établissements américains dès la fin du XIXième siècle, pour leurs clubs de sport mais également pour d’autres activités (on pense notamment aux célèbres marching bands). Le letterman sweater sera peu à peu remplacé par la varsity jacket à partir des années 1940, dont le corps est réalisé en laine bouillie et les manches en cuir. Les étudiants américains portent encore aujourd’hui ce blouson aux couleurs de leur établissement, perpétuant ainsi la tradition.

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Letterman sweater (gauche) – Varsity jacket (droite)

La varsity jacket connaîtra un succès planétaire dans les années 70/80, puis à nouveau à partir de 2010, de nombreuses marques reprenant la varsity letter voire les différents attributs cités précédemment comme l’étoile ou les bandes sur la manche, les vidant par la même occasion de leur substance. Néanmoins, une marque ancestrale comme Dehen1920 dont nous nous faisions l’écho il y a quelques mois est directement issue de cette période et fabrique encore aujourd’hui des cardigans et des varsity jackets de grande qualité.
ralphlau

Dehen1920 aujourd'hui

Dehen1920 aujourd’hui