
Je présente aujourd’hui un ensemble volontairement austère qui constitue un grand basique du vestiaire masculin, un pantalon gris et une veste bleu marine qu’on appelle communément « blazer ». Très clairement, je considère cette tenue comme un déguisement, je ne l’apprécie pas particulièrement et je ne la trouve pas très intéressante. Mais, habitant Paris, je constate chaque jour que ce type de mise est affectionné par beaucoup d’hommes de plus de quarante ans pour qui il s’agit d’un uniforme quotidien, mais qui peinent à l’exécuter avec justesse. Je vous ferai donc part au travers de ce billet des quelques règles qui me semblent pertinentes lorsque l’on adopte cette tenue.

Commençons par le « blazer » qui est la pièce centrale de cette mise. Il me semble qu’un petit rappel historique s’impose. Le blazer, le vrai, a fait son apparition en 1837 lors d’une visite de la Reine Victoria sur le HMS Blazer. À cette occasion, le commandant de ce navire avait fait porter à tout son équipage des vestes bleu marine croisées, à boutons dorés. Dès lors, l’authentique blazer est en principe toujours croisé et se limite à n’être porté qu’au bord de la mer.

Aujourd’hui, force est de constater que les hommes qui portent le blazer ne semblent par très sensibles à ces considérations. En effet, le blazer s’est démocratisé et, au grand dam des puristes, des versions droites ont fait leur apparition sur le marché. Ce sont d’ailleurs ces versions qui sont les populaires aujourd’hui.
En l’occurrence, le « blazer » que je porte est droit, à fente double, et présente des poches inclinées. Il est en laine super 120. D’inspiration et de construction plutôt britannique, la ligne d’épaule est assez marquée et n’a rien à voir avec celle des vestes sans padding et sans cigarette que j’ai présentées dans mes mises précédentes. On peut constater que ce type de construction ne convient pas vraiment à mon physique. Ce n’est pas un secret, je n’apprécie pas trop les vestes très structurées, au-delà de l’aspect esthétique qui ne m’enchante guère, je les trouve beaucoup moins confortables. À ce titre, un tailleur napolitain avait tenu le propos suivant : « Le style anglais traditionnel et le style napolitain s’opposent fondamentalement. On a d’un côté la vision britannique qui consiste à concevoir la veste comme une armure qui va avoir pour but de camoufler les défauts physiques de celui qui la porte et de l’autre côté, l’approche napolitaine qui consiste à concevoir la veste comme si elle était une chemise de manière à ce qu’elle épouse le physique de son porteur de la manière la plus naturelle qui soit. » En ce qui me concerne, les Croisades sont terminées, je privilégie donc la seconde approche. Cependant, tout cela n’est que théorique et l’important est de trouver ce qui vous plaît et ce qui correspond le mieux à votre physique.

Pour ce qui est des poches inclinées, j’ai déjà écrit que je n’en étais pas un grand amateur et que je préférais les poches horizontales ou les poches plaquées. Néanmoins, esthétiquement parlant, je les trouve plus pertinentes lorsqu’elles sont plus inclinées et avec des rabats plus larges qu’en l’espèce, à l’instar de celles d’un des costumes que porte George Lazenby dans Au Service Secret De Sa Majesté.
J’ai volontairement laissé les boutons dorés afin que l’on ne méprenne pas cette veste pour une veste de costume que j’aurais dépareillée. De plus, ils ont tendance à renforcer le caractère austère et contre tendance de l’ensemble ce qui n’est pas pour me déplaire.

Je porte un pantalon gris anthracite, en serge de laine, à tirettes côté. Il a un montant et une pointe de fond suffisamment conséquents pour être porté à la taille naturelle. Comme la plupart de mes pantalons, il est à 18 dans le bas. En revanche, il présente pour une fois un bas simple ce qui implique qu’il soit un peu plus long afin de venir légèrement casser sur les chaussures.

La chemise est bleu pâle, à poignets simples, avec un col assez long comme très souvent. Comme l’avait dit Le Chouan Des Villes dans un de ses billets décrivant une mise de Brice Hortefeux, la chemise blanche à poignets mousquetaires est trop formelle pour accompagner un blazer qui est un vêtement résolument « sport ». C’est une « erreur » que font malheureusement bien trop souvent les hommes qui s’habillent de cette manière.

La cravate à rayures que je porte est non doublée, en soie sauvage ; elle vient apporter une toute petite touche d’originalité à cet ensemble monotone. J’apprécie l’aspect assez mat de la soie sauvage que je préfère aux cravates satinées que je vois trop souvent dans les rues de Paris. Comme d’habitude, je la porte assez courte. Le port d’un ensemble aussi ennuyeux peut en outre permettre de porter une cravate en tricot à bout droit, voire même à rayures horizontales.
Même si je n’en porte pas, je n’ai pas, contrairement à Virgile, une aversion viscérale pour les pochettes en soie qui sont souvent affectionnées par les messieurs qui arborent ce genre d’ensemble. Mais en l’espèce, j’ai opté pour une pochette en lin blanc en TV Fold comme je le fais la plupart du temps.

Enfin, j’ai conclu le tout avec un derby 5 œillets en box calf marron foncé qui ne dénote pas avec l’esprit de l’ensemble. La combinaison blazer et pantalon gris permet d’ailleurs un choix assez important en matière de chaussures. En effet, des loafers, en box ou en veau-velours, ou des derbies fulls brogues (avec un pantalon à bas revers de préférence) auraient aussi pu trouver leur sens en l’espèce. Malheureusement, ce type de mise est quasi toujours accompagné d’une paire de chaussures noires, très souvent un penny loafer en manque de cirage, par les hommes qui se vêtent ainsi quotidiennement.
Pierre-Antoine LEVY
Photos prises par Virgile MERCIER à l’aide d’un Canon EOS 1100D
Veste : Hackett
Chemise : Arthur & Fox
Cravate : Drake’s
Pantalon : Hackett
Chaussures : Crockett & Jones
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