Le Camo

Si vous vous intéressez de près ou de loin au vêtement masculin, vous vous êtes sans doute rendu compte d’une recrudescence de pièces réalisées à partir de motifs camouflage.

Rappelons que les premières tenues « camouflantes » ont fait leur apparition à la fin du XIXe siècle, elles étaient à l’origine monochromes. L’imprimé camouflage a lui été utilisé pour la première fois de façon massive par l’armée italienne après la Première Guerre mondiale et son utilisation s’est généralisée au moment de  la Seconde Guerre mondiale, il était alors réservé aux troupes d’élite comme les parachutistes. Toutes les troupes y ont ensuite eu progressivement accès.

Le « Camo » comme l’appellent nos amis anglophones, est apparu dans le vêtement civil au cours des années 70 à l’occasion de l’essor des treillis. Utilisé depuis de manière récurrente par des marques de streetwear et de workwear, il inspire aujourd’hui des marques qui tendent à être plus haut de gamme et s’étend à des pièces plus habillées.

L’idée n’est toutefois pas nouvelle.  En effet, on se souvient que Richard James avait réalisé, en 1995, un costume bespoke en tissu Camo pour l’un de ses clients, ou encore des pulls en cashmere que Daniel Crémieux avait proposé dans ce motif il y a de ça plusieurs années.

On peut légitimement penser que la réémergence du Camo découle du regain d’intérêt pour le workwear et le vêtement militaire des cinq dernières années. Néanmoins, l’homme qui a sans doute eu le plus d’influence dans le retour en vogue de ce motif est l’Américain Nickelson Wooster.

Cet ancien acheteur de Barneys et de Bergdorf Goodman, qui est devenu très rapidement une des cibles favorites des style photographers, a toujours été fasciné par le camo, et il portait il y a déjà plusieurs années des vestes et des cravates coordonnées dans ce motif.

En 2011, à l’occasion du Project Wooster, il a poussé le vice jusqu’à collaborer avec plusieurs marques telles qu’Alfred Sargent (via Leffot), Orlebar Brown, Globe-Trotter ou encore The White Briefs pour décliner des produits exclusivement en camo.

Aujourd’hui, toutes les marques s’y mettent, aussi bien pour des vêtements que pour des sacs ou des chaussures, avec plus ou moins de réussite, car le camo, comme tout motif, peut être raté ou réussi.

Si certaines tentent de créer des motifs qui leur sont propres, les plus utilisés demeurent l’US WOODLAND, le Tigerstripe, le Digicam et le Duck Hunter. Ils peuvent être déclinés dans différentes teintes.

En ce qui nous concerne, nous sommes plutôt amusés par le retour en force de ce motif, qui témoigne de l’importance qu’a eue et qu’a toujours l’univers militaire dans le vestiaire masculin. Porté en ville, ce motif, qui a initialement pour but de rendre celui qui l’arbore invisible ou moins visible, devient paradoxal à l’instar du grand nombre de nos contemporains qui ont peur d’être vus tout en ayant envie de se montrer.

Il n’est pas nécessaire d’aimer la chasse ou la guerre pour en porter. En effet, le camo peut apporter une petite touche de fantaisie qui n’est pas déplaisante à condition de ne pas trop se prendre au sérieux. En revanche, nous vous conseillons d’éviter les total look qui sont assez compliqués à assumer.

Sources: La Couleur Blanche, GQ, Leffot, William Yan, Timothy Everest, Google Images.