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Interview de Marc Beaugé, homme de styles

Pour cette première interview depuis la rentrée, nous vous proposons une rencontre avec Marc Beaugé. Rédacteur en chef de So Foot, chroniqueur style pour Le Supplément de Canal +, fondateur de la marque Larose, il est l’auteur des fameux « Est-ce bien raisonnable… ? » et des « Marc Beaugé rhabille » de M, le magazine du Monde.M Beaugé

For The Discerning Few : Marc, pouvez-vous nous présenter votre parcours et ce qui vous a amené à traiter du style masculin ?

Marc Beaugé : J’ai toujours été attiré par les cultures et sous-cultures anglaises, notamment liées au football et à la musique. Les mods m’ont fasciné. Les teddy boys aussi. Comme les casuals.

Des Teddy Boys

Des Teddy Boys

Des mods

Des Mods

Je me suis également beaucoup intéressé à la « Madchester », (mouvement musical né à la fin des années 80 dans la région de Manchester, autour de groupe comme les Happy Mondays ou les Stone Roses). Il y avait une musique, une danse, une attitude, des looks Madchester.StoneRosesCela marche toujours comme ça en Angleterre. Tout se croise. Et c’est en m’intéressant à la musique que j’en suis arrivé au vêtement. Il y a une dizaine d’années, j’ai écris un papier sur l’histoire de la cravate dans le rock’n’roll pour Technikart. Mon premier papier « style », je pense. J’aime le style quand il résonne avec une sociologie, une culture, une époque. A l’inverse, les défilés, des événements clos, hors du monde, ne m’intéressent pas beaucoup…

FTDF : Parlez-nous de votre style personnel.

Marc Beaugé : Très classique, très intemporel, très anglo-saxon. Les bons jours, en tout cas… J’aime les silhouettes très structurées. J’aime être quasiment sanglé. Je suis très mal à l’aise dans un look « négligé », qui va pourtant très bien à d’autres. J’aime le look des vieux messieurs, aussi.Marc BeaugéVeste, pull, chemise bleu ciel. Des choses très simples, de bon goût. J’ai aussi quelques marottes : les revers de pantalons doivent faire 4,5 cm de haut, leur largeur à la cheville 18,5 cm. Sur les pantalons en toile ou laine, toujours un pli. J’aime les poches plaquées sur les vestes. Je ne porte jamais de noir. Je n’ai d’ailleurs rien de noir dans ma garde-robe. Je mets beaucoup de marine, en revanche. J’aime aussi les vêtements qui ont vécu : un col de chemise usé en ses bords, un chino marine dont les coutures ont blanchies…photo 1 photo 2 photo 5

FTDF : Quel est votre regard sur le style des hommes à Paris ?

Marc Beaugé : On assiste sans aucun doute à un mouvement de fond, les hommes s’intéressent de plus en plus aux fringues. Mais il y a beaucoup trop de mimétisme. Même chez les gens qui s’intéressent de près aux fringues. A 25 ans, à Paris, on porte une veste workwear, un jean APC et une paire de Stan Smith. Dix ans plus tard, la veste Carhartt a été remplacée par une veste en laine aux épaules trop raides. Le côté « panoplie » m’énerve un peu. Je ne pense pas qu’un homme doive viser à l’extravagance. Au contraire. Mais il peut se distinguer par la coupe de certaines pièces, par des mélanges, des accessoires. Il y a quelques temps, mettre une veste en jean sous un manteau était une très bonne idée par exemple. Maintenant, beaucoup le font. Il faut trouver autre chose, pour échapper à la mondialisation du style. C’est de plus en plus difficile parce que les blogs, les sites de street style etc… diffusent toutes les bonnes idées. En France, on est souvent peu créatif.

A ce propos, je ne crois pas trop au style masculin français. Ou alors c’est un style par défaut. On enlève des choses, on en rajoute, on déstructure, mais c’est tout.  On est plus doué pour habiller la femme chez nous. En fait, nous ne sommes pas assez éduqués aux sous-cultures, je pense. La France n’est pas un pays de football ou de rock par exemple. Ainsi, nous sommes passés à côté de mouvements qui contribuent à fabriquer des styles, notamment vestimentaires…

FTDF : Vous qui connaissez bien la presse papier, quelle est selon vous son influence sur la mode masculine et sur le niveau d’éducation des hommes à ce sujet ? Et l’influence d’Internet ?

Marc Beaugé : Dans ce domaine et dans d’autres, la presse se plait de plus en plus à édicter des règles : « Où diner ? Comment draguer ? Comment s’habiller ? Comment porter telle ou telle pièce ? » Je sais de quoi je parle. Je le fais aussi. Mais toutes ces chroniques ne vous feront jamais, vraiment, un style. Pour avoir du style, il faut avoir de la personnalité, un œil… On peut entraîner son œil, mais c’est long.

Sur Internet, les blogs sont évidemment plus précis, et pertinents, que les magazines de mode masculine généralistes. Ils sont généralement réalisés par des gens passionnés, qui ne sont pas contraints de parler de vêtements mais qui le font par plaisir. A titre personnel, j’ai appris beaucoup de choses sur les blogs, sur Style Forum, Film Noir Buff, etc. Scavini est très bon aussi en France. Très érudit. J’aime quand un vrai savoir technique transpire au delà des goûts, comme chez lui.

FTDF : Dans votre chronique du Monde mais aussi votre intervention hebdomadaire dans le Supplément – tous les dimanches sur Canal+ – vous traitez souvent du style des hommes politiques. Quel regard portez-vous sur leur manière de s’habiller ?

Marc Beaugé : Dans le Supplément, je ne fais pas un travail de critique. En fait, nous faisons chaque semaine une sorte de mini-enquête en contactant l’entourage du politique interviewé. Leur femme, leur adjoint, leurs adversaires nous racontent des anecdotes au sujet de leur style. Nous mettons le tout en perspective et essayons de rester le plus objectif possible. C’est très factuel. Mais je constate qu’ils sont tous dans une logique de communication même quand ils s’en défendent. Pour eux, il s’agit souvent, malheureusement, de gommer toute singularité.

En ce moment au gouvernement, l’uniforme est généralement celui-ci : costume bleu Smuggler, chemise blanche Figaret et cravate Smuggler bleu marine. Ils veulent cacher les indices qui les distinguent des autres et qui pourraient faire dire à leurs adversaires, à la presse ou à l’opinion en général qu’ils s’habillent trop richement par exemple. En fait, ils ne s’habillent pas, ils communiquent. Et la communication va souvent au détriment de l’élégance.

FTDF : Certains trouvent-ils grâce à vos yeux ? On pense à Balladur ou à Cazeneuve par exemple.

Marc Beaugé : Balladur a toujours été très bien habillé, c’est une constante chez lui. On sait qu’il allait chez Henry Poole. Mais cela a contribué, entre autres choses, à donner de lui cette image de grand bourgeois intouchable. Politiquement, cela l’a sans doute desservi.BalladurCazeneuve est intéressant (voir notre article « B.Cazeneuve, une oasis dans le désert« , ndlr). Son col à épingle, sa pochette, le fait qu’il ferme sa veste, alors que les autres la laissent très souvent ouverte, ne trompent pas… Fabius aussi à une éducation aux vêtements. Mais il manque d’aisance. Il a la garde-robe, mais pas le style, je le crains.

FTDF : Pouvez-vous nous parler de la marque Larose que vous avez lancé et de son évolution ?

Marc Beaugé : Il y a 3-4 ans, Isaac et moi nous sommes rencontrés chez des amis. On a vite compris que l’on avait des goûts communs et qu’on pouvait créer quelque chose… Chacun de notre côté, nous avons noté 3 idées et nous sommes tombés d’accord sur le produit « chapeau-casquette ». Nous avons d’abord travaillé avec la chapelière Pauline Brosset (que nous avions interviewée il y a quelques temps, lire l’interview ici ndlr.). Nous travaillons maintenant avec un atelier de la région de Toulouse.larose1Au départ, nous avons travaillé la casquette 5 pans, mais nous nous dirigeons maintenant vers quelque chose qui me ressemble davantage : des chapeaux, pour des looks plus habillés, plus chics, plus « monsieur ». Je crois énormément au mono-produit. C’est déjà compliqué de faire une seule chose correctement.  Je préfère qu’on se spécialise sur le produit « chapeau », pour homme et femme, plus que de se disperser…larose-paris-50274

FTDF : Quelle a été votre dernière émotion en termes de création ?

Marc Beaugé : L’autre jour, j’ai fouillé dans le boulot de John Baldessari. Je connaissais comme ça, bien sûr, mais là j’y ai passé du temps. C’est très beau. Je suis très fan de Jean-Paul Goude aussi. J’aime plein de choses différentes et pas seulement des choses snobs. Des morceaux de musique à la con… I Follow Rivers, par exemple. Mais je crois que j’aime encore d’avantage les émotions du foot à celles de l’Art… Soyons honnêtes. J’ai assisté au dernier match d’Alex Ferguson à Old Trafford, il y a 2 ans. Je suis parti à Manchester avec mon fils sans avoir de place dès que j’ai appris qu’il prenait sa retraite et j’ai trouvé deux billets peu avant le match. Ils étaient comme tombés du ciel. C’était assez fou.

FTDF : Quels sont les joueurs qui vous ont particulièrement marqué ?

Marc Beaugé : Je suis un fan de Manchester United depuis toujours. C’est mon seul club. Alors, je ne peux citer que de types de United : Roy Keane, Scholes, Giggs. J’aime les taiseux susceptibles de vriller. Keane remplit bien le profil. Sur le terrain, j’aime bien le dévouement et la puissance, presque plus que la technique ou l’élégance. Bizarrement…Keane2

FTDF : Restons dans le foot. Y a-t-il des joueurs que vous trouvez élégants ?

Marc Beaugé : C’est très rare. Il faut sans doute aller les chercher en Italie car – on en revient toujours à ça – il y a une vraie culture du vêtement là-bas. Un joueur comme Pirlo est élégant. Dans le jeu et les vêtements. Mais généralement dans le foot, il faut montrer qu’on a de l’argent. On tombe donc très vite dans le côté « nouveau riche ». Quelque part, plus on a d’argent,  plus on risque de faire beauf… Il faut beaucoup de personnalité pour ne pas s’habiller comme le reste du vestiaire ; pour casser les stéréotypes. C’est compliqué pour un jeune footballeur. Il cherche souvent à se conformer à la norme du milieu, plutôt qu’à cultiver son look. Un joueur comme Beckham a beaucoup progressé, sans doute au contact des gens élégants rencontrés au fil de ses aventures…beckhamQuand tu t’assois à côté de Jeremy Hackett – c’est un exemple – tu le trouves forcément élégant. Et tu ne peux qu’être tenté de lui ressembler…

Nous remercions Marc Beaugé pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Paris, octobre 2014. Tous droits réservés.

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Inspiration de la semaine – John Wrajez

John Wrajez – Head of Men’s Ralph Lauren Polo

Personnalité du menswear que l’on croise souvent sur les tumblr et autres blogs, on peut dire que John Wrajez est un excellent ambassadeur du style – ou plutôt des styles – proposés par Ralph Lauren. D’aucuns diront que le style américain, c’est Ralph Lauren. Ce qui est certain par contre, c’est que le style Ralph Lauren est parfaitement incarné par John Wrajez.

 

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Mysterious #menswear icon

Twice a year, during the Pitti Uomo, street style pictures of this #menswear icon come out. Few people know his identity (probably a buyer or an agent), we just know he has a great sense of style and we wouldn’t mind looking this sharp in few decades! Hats off to him!San 1 San 2San 9 San 3San-10 San 4 San 5 San 6 San 7 San 8

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« L’Estate a Firenze » Outfit

* Summer in Florence

florence outfit

Double breasted seersucker jacket: Haversack

Linen shirt: Brian Dales

Navy chinos: Band of Outsiders

Tassel loafer: 8

Pocket square: Bandana red & blue

Belt: Sir Jack’s

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De l’arrondi de la veste

Aujourd’hui nous voulions mettre le doigt sur un élément important de la coupe d’une veste: son arrondi. Par « arrondi » nous voulons parler de l’aspect général de la veste et des courbes de celle-ci, notamment en ce qui concerne les revers et le bas afin qu’elle forme une sorte d’arc de cercle. Cela sera sans doute plus parlant avec une photo.

Ethan Desu - Liverano

Ethan Desu – Liverano

Bien entendu, une veste moins arrondie que celle-ci peut être réussie et parfaitement valable. Néanmoins, nous trouvons qu’une veste dont les revers sont tracés en ligne droite et dont les pans tombent presque parallèles – à la manière d’un manteau – est moins esthétique. Parfois, c’est tout juste si les deux pans ne se finissent pas en angle droit. Voici un exemple avec une veste du tailleur de Savile Row Anderson & Sheppard et une autre de la ligne PaP de Gieves & Hawkes:anderson & sheppard

gieves-hawkesL’arrondi minimum selon nous tient à celui des 2 pans de devant à partir du bouton du bas, même si nous trouvons magnifiques les revers creusés du tailleurs florentin Liverano qui en a d’ailleurs fait un élément déterminant de sa coupe. L’arrondi des revers et celui du bas de la veste donnent une impression de souplesse, de légèreté voire de décontraction contrairement à des lignes trop droites qui vont donner à la veste un côté rigide voire guindé.liverano

Nous ne sommes donc pas surpris que les coupes en arrondi soient encore l’apanage des tailleurs italiens et de ceux qui s’en inspirent à l’instar de B&Tailor en Corée. En outre, l’avantage de cette coupe est qu’elle renforce l’impression de cintrage ce qui permet d’éviter de trop cintrer la veste. Ethan Desu l’a sans doute compris et la coupe de ses vestes le met particulièrement en valeur comme nous le notions dans un précédent billet. Pas sûr qu’il en aurait été de même avec une veste toute droite même si, et nous l’avons abordé à de nombreuses reprises à travers nos articles, d’autres éléments entrent évidemment en compte dans la réussite d’une veste.

Voici quelques photos illustrant notre propos:ring jacketLa Vera Sartoria NapolitanaLiverano & Liveranolapel 4B&Tailorsciamatlapel 1B&Tailor

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