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Interview d’Adriano Dirnelli, blogueur avisé et passionné

Dirnelli Isaia PittiNous avons le plaisir de vous présenter une interview du blogueur Adriano Dirnelli, rédacteur en chef de Dirnelli et contributeur sur Parisian Gentleman,  fin connaisseur de la grande mesure et du menswear.

FTDF : Comment as-tu commencé à t’intéresser au tailoring ?

Dirnelli : Tout a véritablement commencé lorsque j’ai pris conscience de l’importance de la manière dont on s’habille. Elle influence à la fois la façon dont on est perçu par les autres, mais aussi la façon dont on se perçoit soi-même. Lorsque j’ai créé ma propre société il y a 12 ans (j’ai un autre métier que d’être blogueur #menswear), et qu’il a fallu que j’aille démarcher commercialement des grands comptes du CAC40, je me suis aperçu que la confiance en soi – que l’on renvoie nécessairement à son interlocuteur – passait surtout par le vêtement. En effet, si on porte un « power suit », un bespoke par exemple, on se sent un peu maître-du-monde, et on a donc plus de chances de convaincre un client ou un prospect.Dirnelli LVSN 2

C’est à cette époque que j’ai commencé à m’intéresser sérieusement à la question du vêtement masculin d’affaires, et à l’analyser de manière quasi-scientifique, car je suis un peu geek et obsessionnel-compulsif, comme tout bon bloggeur.  Le livre Dressing The Man d’Alan Flusser a été un ouvrage clé de mon apprentissage, je le recommande à tous les lecteurs, car il représente encore aujourd’hui 99% de ce qu’on doit apprendre sur le sujet, et je m’y replonge régulièrement.

FTDF : Quel rôle a pu jouer Internet dans ton apprentissage ?

Dirnelli : Curieusement, je me suis intéressé assez tardivement à l’apport d’Internet sur le sujet, que cela soit via d’excellents blogs comme FTDF ou Parisian Gentleman, ou encore des forums incontournables comme styleforum. L’intérêt principal d’Internet est qu’il permet à tous les membres de cette communauté du #menswear de se connaître, et d’être rapidement dans l’entre soi. On se sent tout de suite moins seul et moins psychopathe, par rapport à ces hordes mal habillées qui considèrent avec suspicion tout intérêt masculin sur le sujet vestimentaire. Je crois que c’est Michael Alden dans votre interview qui évaluait à seulement 20.000 le nombre de clients du bespoke tailoring dans le monde. Grâce à internet, je crois qu’on a tous fini par se connaître par nos prénoms en un temps record !

En outre, grâce à eBay et aux fabuleuse affaires que l’on peut y dénicher, on peut dire que j’ai pu personnellement tester presque tout ce qui existe en matière de costumes, neufs ou vintage. J’ai eu une période un peu folle, une sorte de boulimie d’apprentissage accéléré, où je chinais toutes les « grandes mesures » qui passaient sur eBay, qu’elles soient anglaises, italiennes ou françaises. Grâce à eBay, j’ai également testé tous les costumes prêt-à-porter très haut de gamme. Internet m’a donc permis d’acquérir un vestiaire impressionnant avec une grande facilité, à très bon prix. Cette période est derrière moi, Dieu merci, je me suis enfin calmé au grand soulagement de ma femme, et désormais ce sont les marques m’offrent des vêtements à tester, en tant que bloggeur, car on est encore peu nombreux à avoir un échantillon de comparaison aussi large à la maison !

FTDF : Quelle importance attaches-tu aux règles ?

Dirnelli : Les règles constituent un point de départ incontournable, voire nécessaire. Cela donne un cadre pour ne pas se planter. Pour rassurer les débutants, on peut dire qu’elles sont un filet de sécurité pour savoir bien s’habiller. Si on les respecte, on a à peu près l’assurance d’être correctement vêtu, en tout cas bien mieux que la moyenne.

Par la suite, quand on les a bien assimilées, elles deviennent un carcan dont on peut finir par se lasser. C’est à ce moment de la courbe d’apprentissage qu’il faut savoir dépasser les règles, explorer des territoires nouveaux, et réadapter certaines règles à son goût, afin d’apprivoiser son style personnel et trouver le bon équilibre sartorial. Copier d’abord, créer par la suite; faire ses gammes avant de passer à la composition.Dirnelli Patterns Mix

Enfin, je dirais qu’il y a la théorie et la pratique, il faut bien distinguer. Par exemple, concernant l’association des matières, des couleurs et des motifs: tu peux respecter scrupuleusement la théorie et finir par te planter complètement dans la pratique, même en appliquant toutes les règles archi-connues. C’est la magie du vêtement en quelque sorte! Parfois on viole la théorie et on aboutit à quelque chose de très réussi dans la pratique, on ne sait même pas expliquer pourquoi. Ce sont les moments les plus jouissifs de cette aventure sartoriale quotidienne qui consiste à décider de sa tenue du jour ! Ainsi, j’ai récemment réussi une association totalement improbable entre des couleurs lavande et beige clair dans une tenue, le truc qui ne devrait pas être possible, mais qui marchait finalement bien, à cause des dominantes gris clair, marine et ciel dans le reste de l’ensemble, qui restent les trois grand piliers de la colorimétrie masculine; je pourrais écrire des tomes sur le sujet…

FTDF : Quelle est ta vision des tailleurs parisiens ?

Dirnelli : J’ai beaucoup de respect pour Camps de Luca et pour Cifonelli et, à travers mon expérience, je crois pouvoir affirmer sereinement que les tailleurs parisiens sont parmi les meilleurs au monde, sinon les meilleurs. Ils n’ont pourtant pas la reconnaissance mondiale qu’ils mériteraient sur Internet, car la ‘part-de-voix’ est en grande partie trustée par les anglo-américains via leurs blogs et autres forums. Ces ‘iGents’ donneurs de leçons mettent donc l’accent seulement sur ce qu’ils connaissent, ou croient connaître, à savoir Savile Row. Les Américains ont aussi développé un goût particulier pour le tailoring italien ces dernières années, ce qui fait que Naples est aujourd’hui sur-représentée sur Internet, à l’inverse des tailleurs français qui sont trop vite oubliés, car inconnus des iGents.

Donc je me bats, via mon propre blog anglophone, pour faire reconnaître l’art tailleur français à sa juste valeur dans le monde anglo-saxon. La qualité du travail des tailleurs français, leur précision et leur attention portée aux détails sont largement au-dessus de Savile Row et des tailleurs italiens, il n’y a pas photo.Camps 1 Camps 2

Il est intéressant de noter que l’école française a en outre donné naissance récemment à une nouvelle génération de tailleurs « non-français » qui viennent à Paris démarrer ou développer leur art. Je pense notamment à Kenjiro Suzuki.

Certains critiquent l’école française en pointant un certain classicisme ou conservatisme, mais je ne suis pas du tout d’accord avec ce regard. Premièrement, dans le tailoring, classique c’est plutôt mieux que mal. Deuxièmement, classique ne veut pas dire rigide. Claude François dansait en Camps de Luca, rappelons-le quand même à toute cette nouvelle génération de clients du net, qui se pâme devant la drape cut d’Anderson & Sheppard ou l’épaule tombante de Rubinacci…

FTDF : On peut également penser à la critique formulée par Yukio Akamine dans notre interview qui reprochait à Cifonelli une silhouette trop féminine.

Dirnelli : Là, vous mettez le doigt sur un paradoxe dans l’art tailleur français, paradoxe que constitue à lui seul la singulière mais non moins illustre maison Cifonelli. En effet, ceux qui associeraient ‘Cifo’ à l’incarnation d’un art tailleur typiquement français se tromperaient dans leur analyse. Cifonelli est un tailleur unique en son genre, qui se trouve être basé à Paris, mais qui n’est en rien représentatif d’une « école française ». Il se situe plutôt à un carrefour d’influences, entre Rome, Paris et Londres. Vous le savez, Cifo est la seule Maison à Paris où tout se mesure encore en inches, car le grand-père avait été formé à Savile Row avant de revenir en Italie (ndlr : voir l’interview de Lorenzo Cifonelli). Donc la Maison Cifonelli est complètement à part, sa coupe mélangeant des attributs de plusieurs origines pour créer un style unique. En plus, c’est une des maisons les plus originales en termes de créations, toujours dans une recherche stylistique repoussant les limites en termes de coupes, de finitions et de détails. Non, on ne peut pas considérer que les tailleurs français soient conservateurs quand on voit ce que fait Cifo.

Je ne crois pas qu’on puisse dire que leur coupe, ou celle d’autres tailleurs français, soit particulièrement féminine. Au contraire même, avec des épaules assez puissantes et roulottées, une poitrine imposante accentuée par l’ajustement « taille de guêpe », la coupe française est prototypiquement masculine. Allez, ne me forcez pas à dire du mal de Savile Row… Je préfère encore les Italiens, et je note avec un sourire amusé que Chittleborough & Morgan semble aujourd’hui vraiment s’inspirer de quelques éléments du style bespoke parisien. Même l’incontournable chantre du Row, Simon Crompton de Permanent Style semble redécouvrir Paris depuis quelques mois.Dirnelli Smalto

FTDF : Pourquoi le tailoring français souffre-t-il selon toi de cette fausse réputation de classicisme soporifique? Pourquoi les tailleurs français sont-ils méconnus?

Dirnelli : Pour l’accusation de classicisme, je pense que c’est un faux procès, dû à l’Histoire et à notre mauvais sens du marketing ici. Je dis souvent que les français ont le savoir-faire, mais il leur manque le faire-savoir. Chez les Américains, c’est l’inverse, et on voit qui gagne sur le plan économique… Le fameux cran tailleur parisien est effectivement très classique et renvoie à une histoire ancienne; on reprocherait au style parisien d’être resté tel quel, ‘dans son jus’, « imperturbé » par la modernité. J’ai néanmoins découvert récemment une gravure de mode de la maison américaine Hart Shaffner & Marx dans les années 1920 montrant déjà un cran parisien identique à celui de Francesco Smalto aujourd’hui ! Ce cran historique est si peu vu de nos jours qu’il en deviendrait presque avant-gardiste par sa rareté. Lorsque je porte un cran Smalto ou Camps aujourd’hui, je sens bien que je porte une coupe relativement unique chez les moins de quarante ans. D’ailleurs, quand je croise dans la rue un homme portant un costume à vrai cran tailleur parisien, cela me saute tout de suite aux yeux, on n’en voit pas tous les jours. Mais cela va revenir, tout finit par revenir: je suis soit très en retard, soit très en avance. La mode masculine n’est qu’une roue sans fin…Hart Schaffner & Marc Cran Parisien

Concernant le peu d’exposition des tailleurs parisiens, il y a sans doute d’autres explications, comme leur niveau de prix particulièrement élevé, et le fait qu’ils ne soient pas particulièrement bons en marketing, comme je l’ai dit, notamment sur Internet où la prochaine bataille des parts de marché dans la génération-relève des quadras est déjà en train de se jouer. S’il y avait plus de clients américains, cela changerait sans doute la donne pour le rayonnement de l’art tailleur français dans le monde. Lorenzo Cifonelli fait fréquemment des voyages aux États-Unis mais, Marc de Luca n’y a quant à lui jamais fait de trunk show.

Enfin, on peut également constater avec désespoir que les tailleurs parisiens fonctionnent en « village gaulois »; ils se connaissent mal entre eux et ne jouent pas assez collectif, contrairement aux Anglais qui ont fondé une véritable fédération sur le Row, pour défendre leur intérêts communs face certains usurpateurs du prêt-à-porter mondialisé. Quant à la clientèle des tailleurs parisiens, ils sont soit en Russie, en Chine ou dans le Golfe, mais plus en France, hélas. Avec notre PIB en décroissance, on n’arrive plus à suivre l’envolée des prix du bespoke, et la bulle ne montre aucun signe d’essoufflement. Je prends le pari que malgré les prix stratosphériques de Camps ou Cifo aujourd’hui, dans 10 ans on regardera les prix actuels comme un « bon vieux temps » où le bespoke parisien était encore abordable…

FTDF : Parlons un peu de ton blog. Comment as-tu eu l’idée de le créer ? Que t’a-t-il apporté ?

Dirnelli : J’ai pensé à tenir un blog au moment où j’ai commencé à accumuler beaucoup de costumes. Je me suis dit : « Comment me souvenir si telles pièces fonctionnent ou non ensemble ? » Car si c’est pour avoir quantité de vêtements mais porter toujours un même « uniforme », cela n’a aucun intérêt.Dirnelli Arnys 3P

Dès lors, comme un historique, ou un journal de bord (le mot blog vient de là, des mots ‘web log’ en anglais), je me suis dit que si je me prenais en photo tous les jours, j’aurais de multiples références me permettant de me souvenir à l’avenir de ce que j’avais porté antérieurement, et ainsi éviter de fonctionner selon des automatismes me conduisant à reporter une veste avec un même pantalon, une même chemise, etc… Avec 200 costumes, 200 chemises et 200 cravates dans ma garde-robe, je m’étais lancé le défi personnel de ne jamais reporter deux fois un même ensemble. Mais comment se souvenir sans documenter ? D’où mon blog, à usage interne en premier lieu. Le blog a conquis un public d’amateurs avertis dans le monde entier, tant mieux, mais c’est une surprise totale, je ne pensais pas que j’aurais du succès en faisant cela. Maintenant j’ai des gens dans le monde entier qui me demandent des conseils sur comment s’habiller, quoi acheter, c’est assez amusant.Dirnelli Formosa

Tenir un blog de photos WIWT (what I’m wearing today) m’aura également permis d’affiner mon style, d’apprendre à mieux connaître mes goûts, et même de développer un style personnel. Rien de plus efficace que de se revoir à froid en photo pour constater ce qui ne fonctionne pas dans une tenue; c’est l’école de la douleur et de l’humilité, croyez-moi, surtout quand des lecteurs vous écrivent pour vous le rappeler, on ne fait pas dans le sentiment sur internet! De semaine en semaine, j’ai élaboré des tenues uniquement en sachant que j’allais les prendre en photo. Par exemple, ma tenue en lin blanc au Pitti je l’ai depuis un an, ne sachant pas quand j’allais avoir l’occasion idéale pour la porter. Devant tous les objectifs de la planète à Florence il y a 2 semaines, ça paraissait le bon timing (rires)…Dirnelli & Paul Lux Pitti Dirnelli Caruso White Linen Pitti

Plus sérieusement, tenir un blog sartorial demande une réflexion qui va au-delà du côté éphémère que constitue la préparation de sa tenue pour la journée. Les lecteurs qui suivent mon blog depuis le début il y a 2 ans me disent que mon style vestimentaire a progressé sur la période. C’est grâce à la discipline que je m’impose pour le blog. Par exemple, au début je ne mettais jamais de pochette. Le blog m’a poussé de m’essayer au port de la pochette, à voir ce que j’appréciais et ce que j’aimais moins avec cet accessoire, pour enfin réussir à l’apprivoiser. Maintenant c’est intégré à mon look, alors que je viens du camp des « anti-pochette » historiquement. De même s’agissant du choix des motifs, je suis beaucoup moins conservateur que je ne l’étais au début. Ça m’a permis de voir aussi que lorsqu’on porte une pièce exubérante, il faut rééquilibrer l’ensemble par une autre pièce plus sobre. Ni dandy, ni conservateur, voilà aujourd’hui mon credo, né du blog. Mais mon propre style n’est à ce jour même pas encore figé, au contraire, je me sens encore évoluer de jour en jour, en fonction des tenues que je vois et qui m’inspirent, sur les blogs des autres justement! Il y a de ces mecs sur le net, en Scandinavie notamment (qui l’eut cru?), c’est juste incroyable, on se prend des grosses claques tous les jours…Dirnelli LVSN

FTDF : Nous savons que tu n’es pas uniquement centré sur la grande mesure et que ton intérêt pour le vêtement va au-delà. Cette ouverture d’esprit est-elle apparue progressivement ou était-elle présente chez toi dès le début de ta démarche ?

Dirnelli : Pour répondre franchement, j’ai toujours trouvé ringard les mecs qui ont une grosse montre, hideuse, mais qui en sont si fiers car c’est la plus chère du marché. Cher n’est pas forcément beau. D’autres marques moins connues peuvent proposer de très beaux produits, de très bonne qualité, pour moins cher, il faut juste avoir l’œil, le goût et l’éducation pour chercher dans cette voie.  Mon adage personnel serait « plus beau pour moins cher ». C’est à la portée de n’importe quel gros beauf de s’habiller correctement du moment qu’il est assez riche, quoique… Ce qui demande beaucoup de travail et de créativité, c’est de s’habiller bien pour pas (trop) cher. Pour dénicher la montre à 300 € qui a l’air de valoir 3000 €, il faut se creuser la tête, chercher longtemps, avoir du goût. C’est un véritable parcours du combattant, mais quel plaisir.

J’ai le plus grand respect pour celui qui, dans le vêtement masculin, ira donc chercher le meilleur rapport entre un look et un prix. Vous remarquez que je ne parle même pas du rapport qualité/prix, c’est là encore une autre notion, qui renverrait à la qualité de fabrication, donc je me soucie finalement peu, aussi paradoxal ce que cela puisse vous paraître. J’ai souvent écrit sur mon blog que je vis selon les paroles de Flusser, qui dit en substance qu’un prêt à porter thermocollé, mais néanmoins bien coupé à votre silhouette, tombera toujours mieux qu’un costume bespoke mal exécuté. En gravitant vers les marques les plus chères, on n’aura pas forcément l’assurance d’avoir un meilleur look. Il faut pouvoir reconnaître une belle silhouette indépendamment du prix.Dirnelli Formosa

Donc, lorsque l’on raisonne comme je le fais selon le rapport look/prix, on voit le monde au-delà de la seule grande mesure, et on s’intéresse naturellement à toutes les marques, y compris le prêt à porter, même le plus modeste, pourvu qu’il y ait du génie dans le style. Je possède donc certaines pièces superbes qui ne m’ont presque rien coûté et, a contrario, je possède aussi quelques pièces chères en mesure qui sont juste ratées, ayons la franchise de l’avouer. Certains clients sont parfois aveuglés par le prix payé, allant jusqu’à s’auto-persuader qu’une veste est bien coupée car elle leur a coûté un bras…

C’est d’ailleurs un débat de fond que j’ai avec quelques-uns de mes confrères. Certains considèrent en effet que payer un vêtement bespoke très cher et qui présente des imperfections c’est le chic ultime, car on y voit la main de l’homme, la pièce est vraiment unique à cause de la petite fausse note. Je ne suis pas d’accord, je suis plutôt de l’école japonaise de l’obsession: il se trouve que j’ai un costume bespoke italien (dont je tairai le nom) qui a une poche plus haute que l’autre. Pour le prix qu’il m’a coûté, cela me rend fou une telle approximation. Les napolitains vous vendent ça avec beaucoup de charme, mais au moins les tailleurs français sont plus carrés.

FTDF : Ne déplores-tu pas que cette ouverture d’esprit ne soit pas partagée par tous ? La communauté « grande mesure » n’est-elle pas un peu autocentrée ?

Dirnelli : Je ne sais pas si on doit me considérer « ouvert » si j’obsède comme ça sur des détails, mais c’est gentil de le dire en tout cas. Mais effectivement, je suis très ouvert sur le sujet du bespoke versus le prêt-à-porter, je vois du mérite aux deux et je considère paradoxalement que la demi-mesure est le pire compromis, je pourrais vous le démontrer quasi-scientifiquement, mais on n’a pas le temps ici. J’adhère à cette idée selon laquelle un costume est raté si l’on se souvient plus du costume que de la personne qui le porte. Le vêtement sert à mettre la personne en valeur, un point c’est tout. Le vêtement doit s’effacer derrière la personne, et non pas l’inverse, comme on le voit chez certains dandys. Je suis de plus en plus attentif à cette notion. Lorsqu’on développe un véritable intérêt pour le vêtement, on finit justement par dépasser le vêtement pour ce qu’il représente de superficiel. On arrive sur des questions de respect de soi-même, de respect de l’autre, de projections, de société du paraître, de nature humaine, etc., etc. Derrière une façade en apparence futile et éphémère, toute cette affaire du vêtement est beaucoup plus profonde qu’on pourrait le croire. D’ailleurs, on rencontre souvent des gens fascinants et très authentiques dans ce milieu, cela fut une bonne surprise pour moi.

FTDF : Que penses-tu du menswear  à Paris ?

Dirnelli : Je pense qu’à Paris nous sommes trop influencés par la Mode. Les grands codes éternels du vêtement masculin classique sont mieux assimilés ailleurs, notamment en Angleterre et en Italie. Sans parler des Scandinaves et des Japonais qui nous explosent littéralement, il faut les voir au Pitti, et je ne parle surtout pas de « dandysme » en disant cela. Je parle bien de vêtement classique pour aller bosser dans un bureau, qui reste quand même le cœur du sujet. En France on a des progrès à faire. Je pense qu’un élégant espagnol ou grec a même plus de chic; je sais que c’est choquant à dire, mais les indices se multiplient pour montrer que les autres pays d’Europe ont franchi un cap d’élégance et qu’on fait du surplace ici.Dirnelli Colors

En outre, on a tendance à être assez fermé en France: par exemple, si je mets un croisé marine, irréprochable et très classique, je risque de me faire remarquer dans un contexte business parisien, alors que c’est franchement un classique qui ne va pas chercher bien loin en termes d’excentricité. Mais c’est déjà trop audacieux pour le monde parisien dans lequel on évolue, qui considère que le noir est une belle couleur pour un costume de ville. Next.Dirnelli DB Navy

FTDF : Plus généralement, que penses-tu de l’offre « costume » à Paris ?

Dirnelli : Entre les maisons tailleurs et les boutiques, je pense qu’on peut très bien s’habiller à Paris. Maintenant, il est clair que ce n’est pas l’Italie et ses nombreux détaillants. Là où le bât blesse à Paris, c’est le niveau de connaissances moyen des vendeurs en boutique. Le vendeur est la clef de voûte de l’élégance masculine et avec de bons vendeurs, on pourrait véritablement élever le niveau moyen d’éducation de la clientèle.

À ce titre, ce qu’a fait The Armoury à Hong Kong et maintenant à New York est incroyable. On sent l’amour du vêtement et du produit, avec un rayonnement international, alors qu’ils ne sont « que » revendeurs et non créateurs. Mais ils ont tellement travaillé leur positionnement et leur amour du produit que ça se ressent même à l’international, via des photos sur le net, même si on n’a jamais mis les pieds dans leur boutique. Bluffant et chapeau bas, messieurs. Puissions-nous en prendre de la graine ici à Paris.The Armoury

FTDF : Y a-t-il des tendances qui t’agacent particulièrement ? A contrario, lesquelles apprécies-tu ?

Dirnelli : En ce moment, je déteste la tendance des cols de chemise qui rebiquent légèrement par-dessus le revers, trop vu au Pitti, ça suffit les gars, stop! Collar TrendAprès, certaines tendances peuvent t’agacer mais au fur et à mesure, tu finis par les comprendre et les accepter. C’est le cas pour la tendance du petit pan de cravate plus long que le grand pan, qui marche très bien dans un certain contexte, la cravate tricot par exemple. Aussi, le « déboutonné » du col boutonné, façon Agnelli : j’étais dubitatif au début, et en fait, ça peut très bien fonctionner sur certains looks. AgnelliPar contre, depuis son essor il y a quelques années, le trend qui consiste à porter des sneakers avec un costume est pour moi rédhibitoire. De même, la tendance du « trop fitté, trop court » me déplaît particulièrement. On en arrive à des proportions où les manches de vestes sont presque aussi affûtées que les manches de chemises. S’agissant aussi des poches plaquées, au début je n’en étais pas particulièrement fan. Mais sur certaines vestes sport et dans certaines matières, la poche plaquée est plus adaptée que la poche à rabat ou passepoilée. De là à en mettre partout, il y a quand même des limites…

En s’intéressant au menswear, on s’aperçoit qu’il y a toujours des points d’équilibre éternel. Lorsqu’on perturbe ces grands équilibres de coupe, ça emprisonne le costume dans une époque. Néanmoins, je considère qu’il peut être intéressant de porter des vêtements de son époque. Il m’arrive parfois d’acheter une veste en me disant : « Je l’aime maintenant, on verra si dans 5 ans je l’aime encore ». Il faut avoir un peu de tout dans une garde-robe, pour porter les pièces qui vont avec le cadre et l’humeur du jour.

FTDF : Parle-nous de l’importance de connaitre un bon retoucheur.

Dirnelli : Effectivement, c’est crucial. Pour la petite histoire, j’ai perdu 20 kilos en 2 ans. Si vous voulez revoir le film en accéléré, parcourez mon blog du début à aujourd’hui. Confronté à cette situation, on doit reprendre toute sa garde-robe, et lorsqu’on a investi dans ses vêtements autant que j’ai pu le faire, on est face à un véritable gouffre financier. Dès lors, trouver un bon retoucheur pas trop cher était devenu absolument nécessaire. Néanmoins, il faut bien être conscient d’une chose : les retoucheurs n’ont généralement pas l’habitude d’avoir affaire à des clients pointus. Il faut en tester beaucoup avant de trouver la perle rare qui a une vraie formation de maître tailleur. J’obtiens parfois de mes retoucheurs des modifs plus proches de ce que je souhaiterais même par rapport à une grande mesure. Pas du premier coup bien sûr, il faut beaucoup d’aller-retour, donc des rapports privilégiés avec le retoucheur, qui devra s’y recoller à 2-3 reprises. Oui, vous l’avez compris, je suis le client cauchemardesque pour eux ! Les retoucheurs ne sont pas des stylistes, donc pour les clients qui ont un goût très sûr, et qui connaissent bien les possibilités de retouche, il s’agit donc de bien les guider et de ne pas trop se laisser influencer par leurs réticences.

FTDF : Si tu revenais en arrière, quel conseil donnerais-tu au « jeune Dirnelli » ?

Dirnelli :  J’aurais d’abord fait beaucoup plus attention à ma silhouette, à ma ligne et à mon poids. Si tu es fin, tout t’ira bien, même un sac poubelle. Leçon super importante pour l’élégance masculine. Ça m’aura pris 2 ans pour effacer 20 ans d’excès, mais ça vaut carrément le coup par rapport à tout l’investissement sur les vêtements. Ma garde-robe me va mieux que jamais.

De plus, j’éviterais l’accumulation de produits. Autant cela m’a permis de connaitre une multitude de maisons et de marques, autant si c’était à refaire, j’éviterais les dépenses inconsidérées. Il faut savoir se modérer pour mieux savourer.Dirnelli dépareillé

Enfin, je commencerais sans doute à m’intéresser au dépareillé beaucoup plus tôt. En effet, on peut assez vite maîtriser le port du costume et ses quelques jeux de couleurs et de motifs, mais le travail sur le dépareillé est beaucoup plus compliqué à envisager, c’est un travail de toute une vie, et peu de gens y arrivent bien. Or, en vacances, le soir ou le weekend, c’est un type de tenue dont on a finalement souvent besoin.

Nous remercions Adriano Dirnelli pour sa gentillesse, son humour et sa disponibilité.

Paris, Juillet 2014. Tous droits réservés.

 

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Wise words from Luciano Barbera

“Alas, you can’t and you won’t. But wait, I have a solution. Knit ties. No, hear me out before you go to have ‘a little work done.’ Knit ties are imperfect by nature. The knot slips a bit. They fly in the wind. They pull over time. They have a variable shape. They are casual, playful, a kid dressed in his dad’s clothes. Do you have a bulldog? They are like a bulldog face. Imperfect, yet, beautiful. Forever young? No. But they ooze sprezzatura, spirit, elegance. And, oh, if you don’t have a dog, you might get one. I worry you are not getting out enough.”

Luciano Barbera, on how to stay young forever.

Source: Put This On

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Interview with Michael Alden

For The Discerning Few is proud to present you an exclusive interview with Michael Alden: actor, entrepreneur, creator of The London Lounge and of Dress With Style, bespoke specialist, polyglot, and last but not least a true gentleman.

For The Discerning FewWhen did your passion for clothes begin?

Michael Alden: I have never had a passion for clothes. I am deeply interested in people, people who radiate elegance, be it in their everyday lives or on stage. Being elegant has very little to do with the clothes themselves. It is all about the way you wear the clothes and how you carry yourself. What matters is radiating style.

I grew up in Beverly Hills in the fifties and was a fan of movies from the thirties and the forties. At the time, actors such as Cary Grant or Fred Astaire had real charisma. This strong influence in my youth has stayed with me.

In those days, film stars would go out at night and mix with everyday people. Things were different than they are today. We were so impressed by their presence. When they walked into a room, people would just stop talking. For instance, I remember being in a Hollywood restaurant with my grandfather and at one point the whole place turned silent. I asked my grandfather what was going on and he whispered to me: “Orson Welles just walked in. Orson Welles!” A room full of two hundred people was in awe. We do not have people like this anymore, it is a shame.

FTDFHow can we acquire this aura you are talking about?

Michael Alden: I believe we all have the capacity to acquire it. It is in ourselves, but we have to set it free. In order to do this, I think the first step is for young men to find their own style. You have to ask yourself some questions such as: What is my style? Who am I? Where am I going?

Answering those questions is crucial to me. Actually it is the main theme of the videos you will discover on Dress With Style. It is very important because many people spend a huge amount of money buying ready-to-wear or bespoke clothes, but in the end, they do not have the power of attraction that Balzac described as “magnetism”.

I believe we are born and physically endowed to be attractive. We are men. We have to be attractive otherwise the future of mankind would be in doubt!

FTDFCan clothes be of any help to develop this magnetism?

Michael Alden: Clothes are only a reflection of who you are, they are the frame of the picture that is you. That is why once you find your own style, choosing clothes becomes easy. Being comfortable allows you to be more confident. And once you have confidence, you do not feel the need to follow costly trends and if you are truly gifted you can set the trends.

FTDFWhen did you become interested in bespoke tailoring?

Michael Alden: Both my grandfather and my uncle were customers of Savile Row. They introduced me to bespoke tailoring when I was young. But in spite of their advice, like many young men, I ventured up many dead end roads before finding the path to my own style.

FTDFDid you also make mistakes when you picked some tailors?

Michael Alden: Indeed, I have. But you learn from your mistakes. Today, however, things are much more expensive than they were back then. Therefore, mistakes can be more detrimental to a young budget. That is why I would advise young men to take their time in order to find what suits them.

In Italy and in England, bespoke tailoring is still affordable and you can get something decent for about 2 000 or 3 000 Euros. However sometimes prices can exceed 5 000 Euros. That is why bespoke tailoring is difficult in Paris. Even though Cifonelli and Camps De Luca still make great garments, their prices are a challenge for young men.

FTDFSome people say that classical clothing is back in style. We do not agree. Do you?

Michael Alden: I do not think that classical clothing is in vogue. But I think that people are becoming more and more interested in “custom, bespoke tailoring”. Actually, over the last two years, Savile Row’s turnover has increased by 30%; it must be because people realize that the custom, hand crafted clothing may not be available very much longer.

But I do not see a resurgence of interest in classic clothing. There is no going back.

FTDFDo you think that people are interested in the work of craftsmen or are they buying the whole made to measure and bespoke act put on by mega brands, such as Hugo Boss, who pepper their commercial campaigns with scissors and tape measures when in fact they could not care less about bespoke tailoring?

Michael Alden: Indeed, to them it is just about selling more garments. They have no history. That is why many tailoring houses on the Row have complained about these marketing tactics.

FTDFSome people think that the Row is “dead”. Do you?

Michael Alden: I would not say that. Some tailoring houses on Savile Row are doing quite well, but for how long? No one knows. It is already hard for them to find young tailors.

FTDFIs that why many historical houses of the Row aspire to become brands like Richard James and Ozwald Boateng?

Michael Alden: You are right. This is the future of Savile Row if they cannot find a new guard of craftsmen.

FTDFWhich tailoring houses still maintain the tradition of Savile Row?

Michael Alden: There is a handful of them:  HuntsmanAnderson & Sheppard, Henry PooleRichard Anderson and a few others which are still genuine.

FTDFYou live in Italy, what can you tell us about Italian bespoke tailoring?

Michael Alden: I am fond of Italian tailoring. Over the years, I have worked with many tailors in Naples, in Rome, in Florence and in Sicily. I love their creativity and their craftsmanship. Every town has its own style and specificities, it is truly amazing.

However, Italian tailoring has the same problem as English tailoring which is the lack of young tailors. I recently met a very skilled 80 year old tailor in Naples but there is no one he could pass on his knowledge to.

FTDFAs far as style is concerned, do you prefer Italian tailoring or English tailoring?

Michael Alden: It depends on how you wear the clothes. You cannot buy elegance; it is not in the clothes. It is all about the man who wears them.

My style tends to be English even though I love Italian tailors. I like the English cut because of its sobriety and its simplicity. Italian tailors are usually very good for their handwork and finishing, but when it comes to the fit, English tailors have the edge.

Italian style is sometimes a little too much for me. For instanceKiton sells clothes which are a bit loud, with very wide, long lapels. It is not really my thing. I prefer the old Neapolitan style which was inspired by Frederick Scholte’s Drape Cut. I think the line is elegant.

FTDFYou put to the fore that, be it in Italy or in England, bespoke tailoring will soon disappear. Do you think that the Internet, with blogs such as yours, can help preserve this craft by getting young people interested in it?

Michael Alden: Absolutely. The Internet can really help young men understand what bespoke tailoring is about. Especially because nowadays, the terms “Made to measure” and “Bespoke” are often used in a misguiding fashion. As a result, beginners are sometimes a bit lost. The problem is that the real tailors suffer from this. That is why we must use the internet to put them to the fore.

FTDFLike what you did with Ambrosi? We know you played a part in their development. Could you tell us about it?

Michael Alden: About ten years ago, I was strolling in the tailors’ district of Naples. Back then, you could see tailors at work because they usually had their windows open. So I knocked on doors and I talked to some of them because I was looking for a tailor who could make me trousers with a cut suitable for my height. I was given some addresses and this is how I got the chance to meet the Ambrosi family who at the time only made trousers for other tailoring houses.

I began working with them and was satisfied with their work. That is why I thought that other men could be interested in their ability.

Now, they are developing well. Salvatore Ambrosi often goes abroad in order to meet new clients. An article about them was published in The Rake and I also made a short video about them for my blog. As a result, people are now more and more interested in what they have to offer because provided you like the cut of Neapolitan trousers, for 450 Euros, you will purchase an excellent bespoke trouser.

Antonio & Salvatore Ambrosi

FTDFYou have worked with many tailors and craftsmen and continue to do so, what kind of obstacles did you have to face?

Michael Alden: I could write a book about the psychological aspect of working with tailors. As a matter of fact, although they are very talented some are equally stubborn and closed minded. They do not want to go further than what they were taught and resent any sort of evolution.

That is why you should choose a tailor whose style suits you.  But there are exceptions. For instance, I work with a 70 year old Sicilian tailor who learned his craft from a Roman master tailor. And with the influence I brought he now makes suits that have more of an English touch because he immediately understood my expectations, was curious and willing to test his ability.

It is a privilege to work with tailors who are just as passionate as we are.

FTDFHow would you describe your personal style?

Michael Alden: My style is eclectic. I have numerous influences. I love fine fabrics and beautiful cloth. Tweed, flannel and linen are my favorites. I am not very keen on worsted wool unless it is required for a business suit.

The problem nowadays is that beautiful cloths are hard to find. As a consequence of the decline of tailoring, cloth suppliers tend to produce fabrics that cost less to make and are made to be sewn by machines in factories. They cannot afford to make cloth destined to be sewn by hand.

FTDFWhat can you tell us about the mills in Scotland and in England?

Michael Alden: With the decline of tailoring their situation was becoming precarious. There has been much consolidation on the business. But with this new interest in bespoke tailoring, the mills seem to be on track.

FTDFMost people believe that tailors can only cut suits, but we know you are very fond of bespoke coats. What can you say about this?

Michael Alden: That is right. Tailors should not be reduced to cutting three-piece suits only. I love coats and I am having a Pea Coat made for me by my tailor, in Sicily. I also had a leather jacket cut for myself recently. I am now working on pair of jeans in Japan which will be worn at the natural waist in order to suit tall men.

Tailors can do all kinds of things, not just traditional clothing.

FTDFWe feel that nowadays when it comes to fine clothing there is no place like Japan. Do you agree?

Michael Alden: Indeed, Japan is now the number 1 market. I tell the tailors I know that their talent would more appreciated in Japan than it is in their own country.

Source: The Sartorialist

Japanese men at the Pitti Uomo are often really elegant. They like fine fabrics and are true connoisseurs.

One of my good friends is Yukio Akamine: a very elegant man. His website and his blog inspire many young men in his country.

Yukio Akamine (Source: The Sartorialist)

FTDFHow many people, would you say, care for bespoke tailoring?

Michael Alden: The world of bespoke has always been very small. It is a very small club. I imagine there are about 20 000 people worldwide who are regular clients of bespoke tailors. The funny thing is, thanks to the Internet we are getting to know each other.

FTDFDo you think someone can wear casual clothing and remain elegant?

Michael Alden: I do. Elegance can be achieved through many styles. For instance, I recently put myself up to a challenge to wear a pair of jeans with a leather jacket even though my style is usually very classical. By doing this, I wanted to show young people that whatever your style, the important thing is to do things right.

One need only study the fifties and actors like Paul Newman and Marlon Brando who would wear jeans and leather jackets and still looked amazing.

FTDFWhen it comes to classical clothing, how relevant are codes and rules as far as you are concerned?

Michael Alden: I think that balanced proportions are crucial when you want to look your best. However, I am not a big believer in rules because they tend to restrict creativity and to scare off beginners.

Surely, knowing the rules cannot be a bad thing but you have to quickly develop your own judgment, your own eye. I believe instinct is the key to developing your own style.

FTDFWhat tips would you give a young man who wants to create the perfect wardrobe?

Michael Alden: He should have five suits made out of good fabrics by an Italian or an English tailor. He will have them for twenty years and he will not need to buy anything else. And if he wants to have fun on the side, then he can do that knowing he already has the suits he needs for his professional career.

In the long run, it will cost him a lot less than if he had bought ready-to-wear clothes every two years.

FTDF: We agree but one needs to be mature to think like that in order not to get tricked into following the latest trends…

Michael Alden: Exactly. That is why I created my blog. I want young people to avoid making the same mistakes I did.

FTDFMost of the men you see wearing suits in Paris cannot get it right. There seems to be a problem with this particular garment. How can you explain this?

Michael Alden: It is sad but true. Paris used to be one of the most stylish cities in the world. I remember style icons such as Noiret, Belmondo or Gabin who had incredible charisma.

I was lucky enough to meet Philippe Noiret several times. He was very subtle and had amazing magnetism. I learned a lot from him.

FTDFDo you think there is something inherent to French society which prevents people from having their own style?

Michael Alden: It is true that dressing well and paying attention to how you look can be perceived as arrogance by some people. However, life is too short to think like this. I love dressing myself in the morning to shine all the day long; it is just like getting on stage.

We are here to attract people and we must do it every day. You never know who you are going to meet so you have to be ready for anything because life is a short adventure.

People who are not in that state of mind might as well rush to retirement homes or get out of the way of those who want to live!

FTDF: Many people in France seem to dress in order to get recognition from others. They try hard but they are not themselves, they seem to be other people. They have no personality…

Michael Alden: Yes, it must be because of social conventions…

FTDFDo these social conventions really exist? Or is it not that people misinterpret them? People seem to create their own problems…

Michael Alden: You are right. People put too much pressure on themselves. That is why to me we all have this magnetism within ourselves but very few of us let it free. People tend to complicate things. They create their own problems and their own prison.

But anyway, we have always been a minority and even back in the sixties, most people did not have style either even if they wore suits

FTDFYes, but back in the days, you could get advice from salespersons whereas today that does not seem to be the case anymore…

Michael Alden: You are spot on. The quality of customer service nowadays is not what it used to be. Salesmen now go from selling washing machines one day to selling suits the next day!

FTDFWhat do you think about fashion nowadays?

Michael Alden: Fashion is followed by people who are not capable of developing their own style. They piggyback on trends. People with no magnetism wear brands to stand out. They have to wear gaudy clothes in order to be noticed.

A charismatic man does not have to follow trends. He only has to dress to make his presence felt.

FTDFWe have mostly been talking about fine clothes. What can you tell us about fine shoes? And what are your thoughts on bespoke shoes?

Michael Alden: I own a few pairs of bespoke shoes. But I mainly wear ready to wear shoes made by Edward Green which age beautifully.

Even though I need bespoke clothes, I do not feel the need to wear bespoke shoes. Nevertheless I often go to Cleverley’s because I love to see their work.

I believe shoes should be as simple as possible. I am not a big fan of eccentricity. I do not want people to be looking at my feet. A woman must look into your eyes!  You have to look in people’s eyes in order to get their full attention. In the words of Jean Gabin: “It is all about the eyes! You have to look people in the eye!”. That is how you make a connection.

FTDFWhich tailors do you recommend?

Michael Alden: To tell you the truth, I work with a few retired tailors who only work for a few lucky men. Out of respect for them, I would rather not disclose their identity.

I know and respect the work of many tailoring houses and their styles, but I am not a customer anymore.

I would advise people to go to London and in Italy to discover things by themselves just like I did. It is, after all, a great adventure.

FTDFThere are many blogs and websites dedicated to bespoke tailoring; do you feel it has any negative effects?

Michael Alden: Yes, the internet had some negative impact on bespoke tailoring; it led some tailors to become brands and to advertise.

Moreover, some people call themselves “experts” on the topic but nobody knows what they look like behind their computers. That is why I often post pictures and videos of myself on my blog. People can either like or dislike my style but at least they know what I look like. Plus I am not trying to sell anything.

FTDFYou travel a lot. In which city do you think people are most elegant?

Michael Alden: To be honest I only see a handful of elegant men every year, most of the time in London and in Italy. The main thing with Italians is that they know how to wear a suit, they look comfortable. It looks natural and that makes the difference.

FTDFDo you want to add something?

Michael Alden: I have always wanted young people to get interested in a craft that will soon disappear. And if they want a career they should learn the craft from an old tailor or artisan so we can still enjoy bespoke tailoring in twenty years.

Michael Alden & Pierre-Paul-Marie Hofflin

For The Discerning Few wishes to thank Pierre-Paul-Marie Hofflin of Talon Rouge for his warm welcome and Michael Alden for his wisdom, his elegance and his kindness.

This interview© was conducted by PAL & VM for For The Discerning Few®. Paris, December 2010. All rights reserved.

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